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Détruire la psychanalyse, pseudoscience du XXe siècle

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La psychanalyse, pseudoscience du XXe siècle

Par Jacques Corraze et le Carrefour de l’Horloge

 

« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus ! [Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.

« D’un homme qui ne voit pas, quelle aide attendre ? » Sophocle, Œdipe à Colonne.

Prendre la psychanalyse comme objet de réflexion, c’est la saisir dans son histoire et dans ses prétentions. Or, autant par son histoire que par le statut qu’elle revendique, son existence ne résiste pas à la critique, l’objet se dissout au fur et à mesure qu’on l’étudie, on le voit disparaître sous les yeux en temps réel. L’histoire de la psychanalyse n’est que l’actualisation dans le temps de son essence profonde, c’est-à-dire son rapport avec la vérité. Pour la psychanalyse, toute proposition contraire à l’une de ses affirmations est de facto tenue pour vraie, par réintégration à la théorie au moyen d’une construction conforme. Ressortissant à la mentalité prélogique, la psychanalyse, comme la magie, n’échoue jamais, parce qu’elle montre que l’opposition à ses assertions n’est qu’apparence et vérité de psychanalyse.

La véracité d’une proposition ne peut donc reposer que sur le principe d’autorité, d’où l’interminable mouvement oscillatoire qui va du dépassement de Freud au retour à lui. Historiquement, il s’en suit une logique de remises en question, s’exprimant par des réactions critiques, des démontages divers, et, bien évidemment, des révoltes internes, sanctionnées par les organes comme autant de déviations hétérodoxes. Pour assurer l’existence de la psychanalyse, il faut élaborer un mythe et, pour dissimuler cette construction, on est directement conduit à la désinformation, donc à un procédure qui, pour être source de réussites et de recrutements, prend la forme d’un mouvement totalitaire. Quant aux agents du contenu, les croyants, ils sont d’essences diverses, car il y a nombre de raisons d’appartenir à un système totalitaire. Aux deux extrêmes, on trouve, d’une part, les manipulateurs conscients et, d’autre part, les esprits égarés et lucides qui, partant d’une réflexion critique, débouchent sur une sortie plus ou moins dramatique du système. Entre eux, se tient l’immense armée des dupes, qui trouve, dans le psittacisme, la fin du doute, dans l’obéissance, la paix de l’esprit, et, dans le statut social, la sécurité du cœur, autant que le pouvoir, toutes espèces de bénéfices dont Aldous Huxley avait ignoré l’importance, quand il a proclamé que « l’abjecte patience de l’opprimé est peut-être le fait le plus inexplicable de toute l’histoire humaine, comme il est aussi le plus important ».

Par contre, la pensée de Huxley prend malheureusement toute sa force quand on passe aux esprits étrangers à l’art, mais possédés par la construction culturelle de la psychanalyse et qui, saisis de crainte et de tremblement, voient toutes formes de critique comme un irrespect scandaleux à l’égard de l’idole. Mis en face des preuves, ils s’en écartent comme un dévot d’une tentation diabolique. N’est-ce justement pas de cette terreur que vivent les mythes ?

La psychanalyse, concept unitaire, n’existe que comme une construction mythique forgée dans le dessein de s’illusionner. Il s’agit d’un faux-semblant et l’unité sémantique permet à chaque psychanalyste de croire que sa propre expérience, nécessairement limitée, accède à une certaine universalité, lui offrant une légitimité sociale. Il est naturel de se poser la question de savoir ce qu’est la psychanalyse, mais il est beaucoup plus difficile d’y répondre. Définissons les éléments du débat en écartant trois sophismes. Ce qui reste de psychanalystes engagés confond le développement de la science mentale avec la critique de la psychanalyse. Les neurosciences se moquent de savoir ce que pensent ou disent les psychanalystes, et c’est évidemment les psychanalystes qui s’épouvantent de celle-ci. Leur deuxième sophisme est de faire croire que les objections à la psychanalyse seraient récentes et d’essence “scientiste”, ce que ces mêmes auteurs semblent ne plus ignorer, quand ils méprisent les critiques actuels, accusés de reprendre de vieux arguments. À Vienne, des contemporains de Freud chargèrent violemment sa construction et portèrent l’accusation de totalitarisme.

En 1937, Kraus stigmatise l’association de « la swastika et de l’entreprise sans valeur de la psychanalyse ». Or, ces vieux arguments sont inquiétants, dans la mesure où ils n’ont jamais eu de réponses, sinon celles de leur vétusté. Le troisième sophisme est d’affirmer que la science psychanalytique n’est pas une science positive et que c’est la raison de sa résistance à ses canons. Si la psychanalyse est en déclin, c’est qu’elle n’a jamais pu prouver ses jugements, car ils défient la logique la plus élémentaire. La science positive n’a nul besoin d’intervenir sur un objet déjà intrinsèquement ruiné. C’est pourquoi, quand nous écoutons la porte-parole la plus bruyante sur le territoire français, Mme Élisabeth Roudinesco, défendre ce qu’elle nomme la science psychanalytique avec une grandeur de style, une fougue et des accents guerriers qui évoquent les journées des barricades ou la rage de Louise Michel, on peut se demander si l’on ne nous impose pas un champ clos pour se soustraire à une confrontation authentique d’idées et nous enfermer dans les trois sophismes qu’elle illustre avec un raffinement déconcertant. Les positions de cette analyste sont fort claires. La psychanalyse existe, elle est une science, ses effets sont grandioses, puisqu’elle « témoigne d’une avancée de la civilisation sur la barbarie », davantage encore, puisque Freud est « l’inventeur d’une science de la subjectivité qui va de pair avec l’instauration, dans les sociétés occidentales, des notions de vie privée et de sujet du droit ». Décidément, comme le disait Hippolyte Taine, le papier supporte tout.

Pour Mme Roudinesco, on ne s’oppose à la psychanalyse que pour imposer une cause étrangère, nécessairement scientifiquement pitoyable et à des fins coupables, et non pour des raisons intrinsèques à la doctrine. D’emblée, elle nous assure que, si la psychanalyse centenaire et aux « résultats cliniques incontestables » est violemment attaquée aujourd’hui, c’est par « ceux qui prétendent lui substituer des traitements chimiques jugés plus efficaces, parce qu’il atteindraient les causes dites cérébrales des déchirements de l’âme ». Sa méthode simple est toujours la même : elle entasse, sans grande réflexion sur l’histoire, des concepts provisoires, dont elle fait des absolus doctrinaux, des théories, des hypothèses, des certitudes relatives, des affirmations ponctuelles, les renvoyant toutes au développement des sciences actuelles et, au sein de ce chaos d’idées confuses, elle fait surgir des conflits ridicules, et par là même elle jette le discrédit sur ces produits de substitution. Méthode qui a pour objet, par effet de contraste, de faire croire que la psychanalyse ne doit pas sa perdition à l’arbitraire de ses propos et au spectacle navrant de ses échecs. Disons-le simplement : si rien n’était capable de remplacer la psychanalyse, elle n’en resterait pas moins un champ de ruines, faute d’avoir respecté les règles élémentaires de la cohérence et de l’intelligibilité. C’est la seule et vraie question.

Il s’en suit que, pour Mme Roudinesco, ceux qui s’opposent à la psychanalyse sont, soit des révisionnistes, soit des barbares, irrationalistes. « Mais, à côté de cet obscurantisme, il existe une autre forme d’invasion barbare, plus pernicieuse encore, parce qu’elle se réclame de la rationalité, de l’objectivité. C’est celle de la science érigée en religion, de la génétique divinisée, de l’homme-machine, du neurone adulé, de la réduction du désir à une sécrétion chimique… En bref, c’est le scientisme, délire de la science que j’ai déjà eu l’occasion de dénoncer. » On voit le ton, on attendait la critique réfléchie, on a, au mieux, une primarisation de la pensée scientifique avec les accents de Vychinsky. Sans doute, avec plus de savoir-faire, Lacan avait une position de recul, utile à l’occasion, quand le maître abandonnait sa mathématisation absurde : « La psychanalyse n’est pas une science, c’est une pratique. » Quant à la valeur civilisatrice de cette pratique, le divin sorcier était on ne peut plus clair. En 1975, il déclare : « La chose terrible est que l’analyse en elle-même est actuellement une plaie, je veux dire qu’elle est elle-même un symptôme social, la dernière forme de démence sociale qui ait été conçue. »

Il n’est pas permis de douter de l’autorité de ces propos, puisque, si l’on en croit Mme Roudinesco, ils provenaient d’un être « supérieur à tous les hommes de sa génération, aussi bien par son génie théorique et clinique »

. Aujourd’hui, en ce XXIe siècle, entreprendre la défense de la psychanalyse et comme science et comme thérapie efficace et enrôler, à cette fin, tout l’argumentaire judiciaire traditionnel, y comprenant le rejet dans l’enfer de l’obscurantisme de tous les critiques, sans le plus léger sourire complice, ni un clin d’œil dactylographique, avec une conviction sans conteste, un escamotage systématique, une hauteur marmoréenne, mais aussi une naïveté d’une divine qualité et une alimentation culturelle rapide, et croire utiliser cette masse de béton redoutablement armée comme une preuve définitive, mérite, à Mme Roudinesco, sans aucune hésitation, le prix Lyssenko. N’est-ce pas elle qui nous déclare, parlant de notre pays, que « jamais sans doute les faux savoirs et l’irrationnel n’y ont été aussi puissants » ? Nous nous proposons de démonter cette désinformation à partir de la leçon de l’histoire d’abord, ensuite par celle de la théorie et de la pratique psychanalytiques.

 

LA LEÇON DE L’HISTOIRE

 

Si, en effet, on jette un regard sur un siècle d’histoire, on se trouve en présence d’une multitude hétérogène qui se dissimule sous un seul nom, ce qui défie le premier principe de la logique, le principe d’identité. Nous tirons tout simplement les conséquences d’un fait reconnu par ceux mêmes qui revendiquent le titre de psychanalystes. « Les divergences entre les tendances, écrit Mme Roudinesco, sont d’une importance capitale. » « Depuis la mort de Freud », affirme Alain de Mijolla devant ses pairs de la Société psychanalytique de Paris, le 15 mai 2001, « personne ne peut plus parler au nom d’une “Psychanalyse” dont il serait le seul garant ou le seul dépositaire. » En effet, au cours du temps, la construction freudienne originelle a égrené toute une série de rebelles, laissant derrière eux, chaque fois, nombres de fidèles. Ce qui est étonnant, c’est la monotonie des événements, leur caractère répétitif, car toute nouvelle rupture est suivie d’une condamnation par la cellule-mère, qui revendique l’orthodoxie, mais chaque nouvelle crise ne nous permet jamais d’exercer un critère de vérité susceptible d’apprécier le progrès de l’opération, qu’il s’agisse d’un critère théorique ou thérapeutique. Comme l’écrivit Wittels de la rupture entre Freud et Jung, il s’agit d’une « lutte non édifiante pour la suprématie ». On courrait la poste à poursuivre ces crises. Du vivant de Freud, pour ne citer que les plus connus, nous avons : – Adler (1911), dont l’oraison funèbre par Freud, qui l’avait appelé “un paranoïaque malicieux”, mérite d’être rappelée : « Pour un garçon juif d’un faubourg viennois, une mort à Aberdeen est une carrière inhabituelle en elle-même et une preuve de son avancement. Le monde l’a généreusement récompensé pour le service qu’il lui a rendu en s’opposant à la psychanalyse. » – Stekel (1912), proclamé « l’apôtre de Freud, qui était son Christ », et qui, éliminé, vit en Freud « un vieil homme effrayé par ses disciples » et atteint « du complexe de la horde primitive », alors que le maître l’accusa de « perversité sexuelle » ; – Jung (1914), taxé de ’’brutal”, et affecté de « condescendance antisémitique » et de « stupidité émotionnelle » ; – O. Rank (1924), qui résista à la psychanalyse de Freud destinée à éliminer son opposition névrotique ; – et, en 1932, Rado, puis Ferenczi. Karen Horney, psychanalyste d’origine berlinoise, rejeta en 1939 la théorie de la libido, le complexe d’Œdipe, et l’instinct de mort, ce qui n’est pas rien.

Elle garda son identité de psychanalyste et substitua, à l’envie du pénis que Freud attribuait aux femmes, l’envie de l’utérus, qu’elle attribua aux hommes. Ces amis de la veille expliquèrent sa révolte par l’envie du pénis d’une femme castrée.

Ce type d’histoire réitérée, à elle seule, suffirait pour jeter un doute sur la nature scientifique de ces entreprises, mais également sur l’existence d’une entité dite “psychanalyse”. Le psychanalyste anglais Glover affirma, en 1955, après enquête portant sur 24 psychanalystes appartenant à la très officielle Société Anglaise de Psychanalyse, qu’il n’existait pas de technique standard. Une étude américaine devait confirmer ces résultats. Dès lors, comment s’étonner que le psychanalyste Oberndorf, qui avait fait un séjour sur le divan de Freud, déclarât, en 1942, à l’occasion d’un schisme, que « les controverses nombreuses et violentes, dans les groupes de psychanalystes… ainsi que les fréquentes tentatives pour introduire de nouveaux systèmes » débouchaient « sur la déconfiture et sur l’incertitude de la théorie, de la méthode et des résultats » ?

En France, la situation, contrairement à certaines attitudes péremptoires, n’a rien de singulier et il faut écouter encore Alain de Mijolla : « Aujourd’hui — je vous rappelle que le propos est de mai 2001 — la situation en France est confuse, autant entre les différentes écoles qu’au sein de chacune d’elles. » On comprend que ce fâcheux désordre porte déséquilibre à Mme Roudinesco, qui, dans un chapitre intitulé « Freud est mort en Amérique », décide de faire un exemple et de courageusement tuer l’Amérique, pour en finir avec ses mauvais psychanalystes. Elle commence par éviter, évidemment, d’analyser cette évolution dans sa complexité psychosociologique, l’organisation particulière des universités américaines, la nature des recherches en psychologie, les relations traditionnelles entre la psychologie et la psychiatrie, faits déjà perçus par Freud et l’une des explications de son malaise à l’égard des États-Unis. À cette complexité, Mme Roudinesco substitue une charge contre la « science cognitive », qui, épousant étroitement la « mythologie cérébrale », serait responsable de la condamnation de l’inconscient. Ce qui est faux, car substitution ne signifie pas nécessairement condamnation.

Dès lors, on va manipuler l’affectivité du lecteur, en jetant le discrédit sur les idéaux, les méthodes de recherche, les préjugés des Américains, ce qui aura pour effet d’induire un rejet de toute critique de la psychanalyse et un repli immédiat sur l’Hexagone. Pour ce faire, il suffira d’analyser un méchant livre sur l’idéologie raciste, de dauber sur une théologie de l’épanouissement individuel, sur le pragmatisme des thérapeutes américains, sur la prétention de mesurer l’énergie sexuelle, sur la multiplication des statistiques, sur l’empirisme, sur l’instrumentalisation de la psychanalyse au profit d’une « adaptation de l’homme à une utopie du bonheur ». Bref, on occupe en force le terrain, on discrédite des auteurs américains qui n’ont rien à voir avec la psychanalyse, afin que, manipulant l’attitude émotionnelle du lecteur, il finisse par croire que toutes les critiques de la psychanalyse se mesurent à cette aune et qu’il convient de rechercher l’honnêteté, l’unité et le bon vieil humanisme dans l’île-de-France. Rappelons qu’on trouvera, dans ce coin de la planète, “La Société Psychanalytique de Paris”, “La Société Française de psychanalyse”, “L’Association psychanalytique de France”, “L’École Freudienne de Paris”, “Le IVe Groupe ou L’Organisation Psychanalytique de Langue Française”, “L’École de la Cause Freudienne” et il faudra décider entre les vivants et les morts.

Mais Mme Roudinesco préfère parler aux Français du mal américain et elle n’hésite pas à nous affirmer que, « malgré tout, pourtant, la communauté psychanalytique française se porte bien ». Vous avez compris que l’essentiel est ce « malgré tout, pourtant », car, quand on lit plus loin, avec l’énumération, au fil des phrases, des divisions, des conflits, des oppositions, que, « éparpillés en une vingtaine d’associations, les anciens lacaniens sont désormais divisés sur la pratique et la formation des analystes », et que ces sociétés sont « toutes affaiblies par les scissions, les conflits, la sclérose institutionnelle », que « toutes ont perdu leur prestige », on se dit que Mme Roudinesco, dans cette débandade de farfelus farfadets, a découvert enfin la diversité du vivant, mais au détriment de l’unité de l’espèce et que les scientistes n’ont nul besoin d’intervenir après ce flamboyant fossoyage. Elle renonce elle-même à dresser l’inventaire exhaustif des « trente-quatre associations freudiennes, sans compter celles qui se créent chaque jour en Province et à Paris et que nous n’avons pas pu répertorier ». Un seul point, néanmoins, de franche gaieté dans cette guerre picrocholine, c’est que, nous assure l’impitoyable historienne, « la France n’a pas eu à affronter la vague d’antifreudisme qui sévit aux États-Unis ». On respirerait, si ce n’était là le résultat de cette sclérose qui, selon Mme Roudinesco, caractérise les écoles de psychanalyse et du rideau de défense plombée que ses amis et elle tendent entre leurs lecteurs et la vérité, et dont le récent livre de Jacques Bénesteau a rendu compte avec talent. Si, c’est bien sûr, nous allions oublier que Mme Roudinesco nous donne un exemple de la liberté de pensée et de l’audace de la grande presse française avec Science et Avenir de février 1997. Après nous avoir rappelé son titre alléchant : « La science contre Freud », Mme Roudinesco ajoute aussitôt que « ce dossier comporte essentiellement une longue interview de Daniel Widlöcher, qui fait l’éloge de la psychanalyse ». Nous sommes rassurés.

 

LA LEÇON DE LA THÉORIE ET DE LA PRATIQUE

 

Une des prétentions les plus constantes de Freud est que la psychanalyse est une science empirique. La psychanalyse est la science de « l’esprit inconscient », donc « une science naturelle ». Sur cette dernière affirmation, arrêtons-nous un instant. Freud écrit : « La psychologie aussi est une science naturelle. Que pourrait-elle être d’autre ? » Et il poursuit en arguant que la psychanalyse traite des phénomènes inconscients, à l’instar de « tous les autres processus naturels à la connaissance desquels nous sommes parvenus ».

Il convient d’être attentif à la date de ce dernier texte : 1938. Mme Roudinesco nous affirme que Freud aurait renoncé dès 1896 à « faire de la psychanalyse une science naturelle », mais il aurait « abandonné ce projet tout en continuant à y rêver ». Nous sera-t-il permis de demander qui rêve ? — ou qui tente de nous faire croire que l’expression « science naturelle » équivaut, pour Freud, à un modèle neurologique ? Tout cela démontre simplement que Mme Roudinesco admet qu’on a démontré que la psychanalyse ne peut être une science, au sens où Freud l’a cru toute sa vie, donc qu’il convient d’habiller sur mesure les textes embarrassants. Freud a toujours présenté sa construction théorique et son évolution comme dépendantes de son expérience. « En tant que thérapie, la psychanalyse est une forme parmi d’autres, mais assurément prima inter pares. Si elle n’avait pas eu de valeur thérapeutique, elle n’aurait pas été découverte à partir du matériel clinique et n’aurait pas pu continuer son développement pendant plus de trente ans. » (1933) Ce dernier texte a une importance qui ne doit pas échapper, puisque Freud fait dépendre ses découvertes théoriques de ses succès thérapeutiques, ce qui montre le conditionnement des premières par les secondes. Il va, dit-il, même faire profiter la psychiatrie de sa construction : « La psychanalyse veut donner à la psychiatrie la base scientifique qui lui manque. »

D’abord, la construction de Freud ne procède pas de la clinique, car sa source est dans l’imaginaire de son auteur, ce qu’il nommait son autoanalyse. Ensuite, la clinique ne peut confirmer l’hypothèse imaginée, car le fait clinique, sous sa forme originelle, est déjà une confirmation. Enfin, l’organisation de cette construction ne procède, ni de près ni de loin, à des opérations logiques. Sa structure est réglée par une pensée pré-logique, de l’ordre de celle qui régit les opérations de la magie.

 

LA PSYCHANALYSE N’EST PAS INDUITE DE LA CLINIQUE

 

On affirme régulièrement que le psychanalyste est à l’écoute. À l’écoute de qui ? On pense qu’il s’agit du locuteur, absolument pas. Ici, ce n’est pas celui qui parle qui est écouté, c’est le muet. Le psychanalyste est à l’écoute de ses propres convictions fantasmatiques, au travers desquelles le discours de son patient prend son sens. Quand on cherche à savoir comment Freud est arrivé à donner autant d’importance aux facteurs sexuels inconscients dans la vie mentale, on met parfaitement en évidence son système de construction. La mise en scène du rôle déterminant joué par la sexualité s’est faite en trois temps. D’abord, il a réduit l’ensemble de la neurasthénie de Beard à la neurasthénie sexuelle, en attribuant la cause à la masturbation. Il traite de la même façon la névrose d’angoisse, avec comme cause le coït interrompu. Ces opérations se font par simple affirmation, sans aucune preuve, et, en prétendant appliquer les postulats de Koch, Freud confond raison nécessaire et raison suffisante. Le 8 octobre 1895, Freud passe à la deuxième étape, impliquant la sexualité dans le déterminisme de l’hystérie. C’est la théorie de la séduction, qu’il développe en 1896 en trois articles, où il affirme qu’il a découvert « la source du Nil (caput Nili) de la neuropathologie ». Tous les hystériques qu’il a soumis à l’analyse font état d’une séduction sexuelle subie dans leur enfance, le plus souvent entre 3 et 4 ans, même plus tôt, à 1 an et demi, ou 2 ans. Ces souvenirs ne sont pas livrés spontanément et, pour les actualiser, il faut user « d’une très forte contrainte » (durch den stärksten Zwang), qui se heurte à « une forte résistance », et « extraire morceaux par morceaux ». Si la scène révélée par le patient ne correspond pas à ce qu’il attend, il lui dit qu’il faut chercher dans un passé plus éloigné et il ajoute qu’il oriente l’attention qui va du souvenir évoqué à celui qu’il recherche.

Il écarte néanmoins tout effet de suggestion. Mme Roudinesco nous égare, quand elle nous dit que c’est « en écoutant (sic) des femmes hystériques de la fin du siècle lui confier de telles histoires » que Freud tomba dans leurs pièges. Les trois articles présentent des contradictions surprenantes, quand on prend garde aux différents paramètres. La même année, le traumatisme sexuel est décrit, sur le même matériel, dans les 13 cas qu’il possède, comme sévère, associé, sans exception, à une blessure sexuelle grave, dans certains cas révoltante, et dû à un attentat brutal. Dans un autre article, sur les mêmes cas, il est dit que, pour certains, le traumatisme a été subi avec indifférence ou avec un malaise ou une peur de faible degré. Sur la personnalité des séducteurs, on commence par impliquer 7 enfants pour 6 adultes, étrangers à la famille ; quatre mois plus tard, ce sont « malheureusement trop souvent des proches parents adultes qui représentent la plupart des séducteurs », mais, en 1916, puis en 1925, il imputera de nouveau aux enfants la majorité des cas de séduction. Mme Roudinesco affirme : « généralement un adulte ». C’est plus simple, réducteur, et cela évite de réfléchir sur le respect par Freud du principe d’identité. Dans une lettre à son ami Fliess du 21 septembre 1897, on lit que, « dans tous les cas le père, en n’excluant pas le mien, devait être accusé d’être pervers ». Le lecteur français, ne pouvant utiliser qu’une édition caviardée de ces lettres à Fliess, ignorera la référence au propre père de Freud. Il ignorera également l’explicitation de cette référence, présente dans une autre lettre caviardée, du 8 février 1897 : « Le mal de tête hystérique, avec les sensations de pression sur le sommet du crâne, les tempes, etc., est caractéristique des scènes où la tête est tenue immobile aux fins d’actions dans la bouche (de là le refus à l’exigence des photographes à maintenir la tête sur un support).

Malheureusement, mon propre père était un de ces pervers et il est responsable de l’hystérie de mon frère (dont tous les symptômes sont des identifications) et de celles de plusieurs de mes jeunes sœurs. La fréquence de cette circonstance fait mon étonnement. » On devra attendre 1925 pour que Freud admette publiquement le rôle qu’il avait fait jouer au père en 1896. Quoi qu’il en soit, il nous affirme qu’il a confirmé la séduction en obtenant un succès thérapeutique « quand les circonstances l’ont permis ». C’est seulement en 1914 qu’il déclara ouvertement qu’il s’était trompé sur l’authenticité des récits de séduction. Quand il expose le cas Dora, en 1905, il prétend confirmer ses affirmations de 1895 et 1896, ce qui n’est pas exact.

De façon plus juste, il n’avoue pas qu’il a dupé ses lecteurs et disciples, pendant 17 ans très exactement, puisqu’il savait, depuis 1897, qu’il était dans l’erreur. Ce silence avait une raison profonde. Freud ne renonça jamais à la séduction, c’est-à-dire à mettre sur le compte d’un événement réel un traumatisme sexuel. Et l’homme aux loups a dû observer le coït parental a tergo, à une heure très précise. Mais, en gardant le fantasme, il peut jouer de l’un ou de l’autre. Si la réalité vient à démentir la construction, il suffira de passer au fantasme. Dans une lettre du 21 septembre 1897 à Fliess, il proclame qu’il renonce à sa théorie, singulièrement parce qu’aucun traitement n’avait été conduit à sa conclusion, par « l’absence de succès complet », par la possibilité « d’expliquer les succès partiels autrement et de façon plus simple », et qu’il a été trompé, victime de sa naïveté, par des récits imaginaires, alors qu’il avait rejeté cette possibilité. Mais il n’admet pas que l’hypothèse qu’il avait exclue, sous prétexte de la richesse des détails, était vraie, c’est-à-dire qu’il avait suggéré ces récits à ses hystériques. Dans son autobiographie, il affirmera avoir compris le sens réel des récits de séduction. Il était tombé, la première fois, sur le complexe d’Œdipe, méconnaissable sous ce travestissement fantasmatique. Nous voici à la troisième étape, où nous découvrons que le concept d’Œdipe n’est pas une découverte clinique, mais la construction arbitraire à partir de ce qu’il présente comme un souvenir d’enfance. Le fantasme du père pervers était le garant de la séduction sexuelle, la mère nue était celle du rêve d’Œdipe. Il reconstruit un événement qui aurait dû se produire, alors qu’à 2 ans et demi il fit un voyage avec sa mère de Leipzig à Vienne, c’est-à-dire avoir vu sa mère nue.

Douze jours après, le 15 octobre, la construction est accomplie : « J’ai découvert en moi, aussi, un amour porté à ma mère et de la jalousie envers mon père. Je considère, à présent, qu’il s’agit d’un événement universel, au cours de la petite enfance. » On notera, le “aussi”, que la traduction française rend par “partout ailleurs”, et “événement universel”. Mme Roudinesco entonne le péan en mettant l’Œdipe au centre de l’humanité, car « il est universel, puisqu’il exprime les deux grands interdits fondateurs de toutes sociétés humaines ». D’abord, il ne les exprime que si on les explique par lui ; ensuite, la qualification d’inceste a une portée plus vaste que les relations visées par l’Œdipe, enfin, il est loin d’être universel sous cette forme. Cette admiratrice fervente de Totem et Tabou s’arrange avec la fondation de la société en fabriquant une anthropologie ad hoc. Tout ceci nous montre qu’il est faux d’affirmer, comme le fait Mme Roudinesco, que « Freud a modifié sa théorie de la sexualité en fonction de son expérience clinique, auprès des femmes en particulier ». De cette affirmation, nous n’avons aucune preuve, mais impliquer l’expérience de Freud en matière de femmes a, on l’aura compris, un sens tout à fait singulier et amorce les couplets à venir, destinés à rallier les lectrices à la cause.

Âgé de 44 ans, il analyse Dora, qu’il diagnostique comme hystérique, parce qu’à 14 ans elle n’a pas ressenti de plaisir sexuel quand un homme adulte brutalement l’a embrassé sur la bouche. Son expérience clinique ne le fera pas revenir sur cette certitude. S’agit-il de l’expérience acquise grâce à l’analyse de sa propre fille ? De toute façon, Freud nous alerte, il est outrecuidant de vouloir le contredire en cette matière. Dans une note, justement, d’un article sur la “sexualité féminine”, en 1931, il prévient les critiques qui tenteraient de s’opposer à sa théorie, en le psychanalysant. En effet, il vient d’affirmer que la femme, dans son évolution, doit renoncer au phallus atrophié que représente le clitoris, pour admettre le vagin. Il prévient, à l’avance, les psychanalystes, féministes ou femmes, qu’il n’admettra pas qu’on lui reproche de justifier par une telle théorie son « complexe de masculinité », visant à dominer et à réduire les femmes. Car « cette espèce d’argument psychanalytique nous rappelle ici, comme il le fait souvent, le fameux argument de Dostoïevski de l’arme à double tranchant. Les opposants, de leur côté, penseront qu’il est tout à fait compréhensible que les membres du sexe féminin puissent refuser une notion qui semble contredire une égalité si ardemment convoitée avec les hommes. L’utilisation de l’analyse comme arme de controverse manifestement n’aboutit à aucune décision. »

Freud se défend comme un individu bien mal analysé et, quand on lui retourne ses propres arguments, il siffle la fin de la partie.

 

LE FAIT EST DÉDUIT

 

On a dit que le psychanalyste n’observe pas un fait, il l’interprète. C’est davantage encore. Le fait interprété dans le discours ou l’apparence physique, c’est-à-dire son sens, est un fait déduit des théories freudiennes. C’est l’inverse d’une opération logique. Ici, la déduction précède l’observation d’un fait qui aurait pu induire l’hypothèse, le fait est littéralement engendré par l’idée. Cette étrange façon d’opérer, tant qu’on ne l’a pas saisie, conduit à s’interroger sur le fonctionnement de la pensée de Freud. On trouve, en effet, Freud face à un fait qui est contraire à ce qu’il affirme ; mais il persiste dans son interprétation et poursuit, comme s’il n’avait rien vu. L’observation directe n’existe pas. En 1910, Freud affirme qu’il est « heureux de constater que l’observation directe n’a fait que confirmer les conclusions auxquelles avait abouti la psychanalyse, ce qui est un témoignage probant de la légitimité de cette méthode d’investigation ». Mais, dix ans après, dans la préface de la quatrième édition du même ouvrage, il précise ce qu’il entend par “observation directe” et développe sa pensée : « Personne, à l’exception des médecins qui exercent la psychanalyse, n’a en vérité accès à ce domaine… si l’espèce humaine avait été capable d’apprendre à partir de l’observation directe des enfants, ces trois essais n’auraient jamais été écrits. » Comme l’affirmait, avec admiration, Fritz Wittels pour l’analyse du petit Hans : « Freud était arrivé à ses conclusions avant d’avoir analysé le petit garçon. »

Freud énonce clairement sa méthode : « Au cours d’une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à l’aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est inconscient ». Dans un envoi à Fliess de 1893, il précise sa règle : « Décris, par anticipation, le résultat tel qu’il est vraiment. » Contrairement à la méthode de Sherlock Holmes, qu’il revendique comme sienne, Freud ne cherche pas les faits, sa pensée les a créés.

La construction, en psychanalyse, est celle d’un policier malhonnête qui dissimule les pièces à conviction dans le domicile du suspect. Dans cette analyse si singulière du “petit Hans”, Freud énonce clairement sa méthode : « Au cours d’une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à l’aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est inconscient. » Comme le dit Hannah Arendt, « les chefs d’un parti totalitaire vont plier la réalité à leurs mensonges… la propagande se distingue par un mépris radical pour les faits… les faits dépendent entièrement du pouvoir de celui qui peut les fabriquer. » On a pu s’étonner que, face à l’évidence, il l’ait niée.

Dans son étude sur Léonard de Vinci, il savait que l’oiseau dont il était question était un milan, et non un vautour, mais même si Léonard écrit “milan”, cela n’a aucune importance, parce que Freud sait que Léonard pensait au vautour. C’est sans doute ce que Mme Roudinesco veut dire, quand elle proclame que la psychanalyse « restaure l’idée que l’homme est libre de sa parole ». En réponse à Jung, qui envisageait d’exploiter la mythologie, Freud donna son accord, mais à la condition préalable de la soumettre à l’interprétation psychanalytique. « Ève serait la mère dont naît Adam et nous nous retrouverions devant l’inceste maternel qui nous est familier. » Voici donc le fait d’arrivée devenu le fait de départ, ce qui confirme le complexe d’Œdipe. Par exemple, que se passe t-il au début du traitement ?  « De même que les premières résistances, les premiers symptômes, les premiers actes fortuits des patients peuvent susciter un intérêt particulier, parce qu’ils trahissent les complexes régissant la névrose. Lors de la première séance, un jeune et spirituel philosophe aux goûts artistiques exquis se hâte d’arranger le pli de son pantalon.

Je constatai que ce jeune homme était un coprophile des plus raffinés, comme il fallait s’y attendre dans le cas de ce futur esthète. Une jeune fille, en s’allongeant, se dépêche de recouvrir de sa jupe ses chevilles visibles, révélant ainsi ce que l’analyse ne tarde pas à découvrir ; ses tendances exhibitionnistes et la fierté narcissique que lui inspire sa beauté corporelle. »

D’emblée, l’interprétation est faite et engendre le symptôme. Comme devait l’affirmer une de ses disciples : « Une attaque de diarrhée, au commencement d’une analyse, annonce le sujet important de l’argent. »

 

LA MENTALITÉ PRÉLOGIQUE

 

La psychanalyse est un système de pensée magique, qui suit sa logique impeccablement. La magie a cette singularité de ne jamais échouer, puisque l’échec est récupéré comme conforme à sa vérité. Selon Marcel Mauss : « La foi dans la magie précède nécessairement l’expérience… la magie a une telle autorité qu’en principe l’expérience contraire n’ébranle pas la croyance. Elle est, en réalité, soustraite à tout contrôle. Même les faits défavorables tournent en sa faveur, car on pense toujours qu’ils sont l’effet d’une contre-magie, de fautes rituelles et, en général, de ce que les conditions nécessaires des pratiques n’ont pas été réalisées. »

Dans L’Interprétation des Rêves, il est affirmé que le rêve est l’expression d’un désir ; si l’on tombe sur un rêve qui échappe à ce principe, il est aussitôt récupéré comme le désir de s’opposer à la théorie. Dans le même ouvrage, Freud met en avant “le renversement” (Verkehung), propre en effet à la pensée primitive.

De cette façon, une pensée peut se prendre telle qu’elle est, ou bien comme son opposé. Les névroses de guerre semblaient offrir un contre-exemple “triomphalement” accusateur, où la névrose était libre de tout déterminisme sexuel. Freud montre que ce n’est pas un problème et que cette “contestation a été réduite à néant”, même s’il reconnaît, juste en passant, qu’aucune analyse de ces cas n’existe. La menace à l’instinct d’auto-conservation est, en réalité, une menace à l’ego, dont on connaît l’investissement libidinal depuis son analyse du narcissisme. Donc, l’instinct de conservation étant de nature libidinale, l’origine sexuelle des névroses de guerre est une évidence. Par ailleurs, il affirmera que tout ce qui affaiblit l’ego conduit à une augmentation de la libido. L’ego, telle la chauve-souris à double nature du dicton, a une face libidinale ou non libidinale, selon les besoins. L’utilisation qui est faite du symbolisme obéit à la même logique, puisque, par essence, il est étranger à la rigueur et voudrait que la cause ressemblât à l’effet. Freud a consacré le chapitre X de L’Introduction à la Psychanalyse à l’étude du symbolisme dans le rêve. Il nous dit que, lorsque la libre association “se trouve en défaut”, sans doute quand elle ne convient pas à la théorie, on peut y suppléer par la symbolique. C’est alors qu’on a “l’impression d’obtenir un sens satisfaisant”. Tout objet peut être considéré comme un symbole sexuel, il suffit de le prendre dans le bon sens ; essayez, c’est facile. Voyez ce passage étonnant de Bouvard et Pécuchet (chap. 4), de Gustave Flaubert (mort en 1880) : « Anciennement, les tours, les pyramides, les cierges, les bornes des routes et même les arbres avaient la signification de phallus — et, pour Bouvard et Pécuchet, tout devint phallus. Ils recueillirent des palonniers de voiture, des jambes de fauteuil, des verrous de cave, des pilons de pharmaciens. Quand on venait les voir, ils demandaient : “A quoi trouvez-vous que cela ressemble ?” Puis confiaient le mystère — et, si l’on se récriait, ils levaient, de pitié, les épaules. » La pierre de touche pour découvrir la nature profonde de l’œuvre freudienne se trouve dans sa réaction à l’égard de ses opposants. Il est inutile d’aller plus loin, quand on entend Freud superbement proclamer : « La psychanalyse est comme le Dieu de l’Ancien Testament, elle ne peut tolérer qu’il y ait d’autres dieux. »

Discipline reine, dira Mme Roudinesco de la psychanalyse. Le premier opposant à Freud fut son propre ami Wilhelm Fliess. C’est lui qui prit le risque de la rupture, en allant au cœur du problème : « Le lecteur de pensées, lui écrivit Fliess, lit simplement ses propres pensées dans celles des autres. » Selon la méthode qui lui sera habituelle, Freud rétorqua aussitôt que le refus d’une interprétation ne tient pas à sa valeur intrinsèque, mais aux intentions du dénégateur : « Si, dès qu’une de mes interprétations vous gêne, vous vous empressez d’affirmer que “le lecteur de pensées” ne perçoit chez les autres que ce qu’il projette de ses propres pensées, vous cessez d’être mon public et vous ne devez accorder à ma méthode de travail pas plus de valeur que lui en accordent les autres. » Il importe d’avoir à l’esprit que cette critique, provenant d’un ami, d’un confident et d’un inspirateur de Freud, n’est que la première d’un longue suite, qui nous autorise à préciser que la remise en cause des idées de Freud est venue principalement des psychanalystes eux-mêmes. Malcom Macmillan, qui a au mieux recensé l’ensemble de ces critiques, affirme : « Il est tout simplement ignoré, dans les milieux extérieurs à la psychanalyse, qu’aucune des idées de Freud, bien que centrale à ses perspectives théoriques, n’a échappé aux attaques, venant, pour la plupart, de psychanalystes. »

Or, à l’égard de toute critique, l’attitude de Freud n’a jamais varié. Elle consistait d’abord à substituer au contenu de la critique la personne même qui la profère, puis à la placer dans des catégories infamantes, où l’insulte s’associe très vite à la stigmatisation par la maladie mentale. Dirons-nous qu’il s’agit de pratiques barbares ? Combien il est doux d’entendre Mme Roudinesco, appuyée sur des documents mal interprétés, pourfendre « ces discours scientistes qui nourrissent les pires excès d’une normalisation de la pensée ». Une opposition se verra traitée, non comme un énoncé fondé sur un contenu logique, demandant une argumentation, mais comme une attaque vulgaire exigeant une défense dans un rapport relationnel procédural avec l’opposant. Comment ne pas citer la réponse de Blaise Pascal à ce père jésuite qui s’appelait Noël : « Quand nous citons les auteurs, nous citons leurs démonstrations, et non pas leurs noms » ? Par contre, nous notifie Freud : « La plupart de ce qui est opposé à la psychanalyse, même dans les travaux scientifiques, vient d’une information insuffisante, qui semble, à son tour, fondée sur des résistances affectives. »

Ou encore, avec plus de détails : « Les hommes en général se comportaient à l’égard de la psychanalyse précisément de la même façon que les névrosés en cours de traitement pour leurs troubles… La situation était à la fois alarmante et réconfortante. Alarmante, parce que ce n’était pas un mince affaire que d’avoir tout le genre humain comme patient, et réconfortante, parce tout se réalisait, après tout, comme les prémisses établies par la psychanalyse l’avaient prévu. »

Mme Roudinesco nous offre deux exemples de la méthode. Elle s’en prend violemment à Grünbaum, en des termes destinés à le disqualifier : « antifreudien fanatique… attitude la plus représentative de la croisade scientiste d’aujourd’hui… s’en prenant furieusement à un discours philosophique. » L’ouvrage épistémologique de Grünbaüm eut, aux États-Unis, un retentissement considérable, justement par son argumentaire.

Tout critique sérieux a lu le compte rendu du grand débat qui occupe les pages 217 à 284 du journal The behavioral and brain science de 1986, 9, 2, où les intervenants ont pu partager ou critiquer ses positions. Grünbaum posa le problème central de la fiabilité de la clinique en psychanalyse. Il montra que les faits cliniques sont biaisés par la suggestion, alors que la psychanalyse est fondée sur l’acceptation par le sujet de l’interprétation qu’on lui fait. C’est l’argument d’adéquation, ou “tally argument”, énoncé par Freud au chapitre XXVIII de L’Introduction à la Psychanalyse, où il nous dit de l’analysé que « ses conflits seront heureusement résolus et ses résistances surmontées seulement si les idées qu’on a anticipées et qu’on lui donne coïncident avec sa réalité intérieure ». Sur ce point, Mme Roudinesco garde un silence prudent. Par contre, à aucun moment Grünbaum n’a parlé de l’abandon de la théorie neuronale par Freud ni par les 80 % de sujets qui reconnaissent avoir tiré profit d’une psychothérapie quelconque, deux sentiments que Mme Roudinesco lui imagine en toute simplicité, pour pouvoir l’accuser de scientisme. Si Grünbaum s’en prend aux philosophes qui excluent la psychanalyse du corps des sciences, c’est justement qu’il reproche à Popper de l’avoir tenue comme non falsifiable et d’avoir conduit certains interprètes, dont des psychanalystes, et non, comme le prétend Mme Roudinesco, des scientistes, à en faire, soit une herméneutique, soit une science narrative.

Grünbaum estime que la falsification de la psychanalyse peut se faire, mais par d’autre voies que la clinique. Cette réflexion sur la suggestion a hanté Freud toute sa longue vie, à juste titre, jusqu’à écrire : « Rien n’a pu jusqu’ici remplacer l’hypnose » et ce, en 1937, alors qu’il avait 80 ans. C’est sans conteste dans sa tentative de réplique au passage sur Lacan, dans le livre fameux de Alan Sokal et Jean Bricmont, que Mme Roudinesco est au mieux de son art. Elle récuse d’emblée les deux critiques, parce qu’ils s’appuieraient sur de mauvaises leçons des textes, ce qu’elle ne prouve évidemment pas. D’abord, une conférence de 1966 est qualifiée de « discours d’un orateur anxieux parlant alternativement en français et en “anglais” ». Mme Roudinesco met anglais entre guillemets, parce que Lacan ne parlait pas l’anglais. Le texte ne serait qu’« une paraphrase ». Mais, si elle interdit à d’autres toute utilisation de ce morceau, elle ne s’en prive pas, quand il s’agit des “belles réflexions” de Lacan qu’elle puise à la même source, qui devient alors potable. Quant à un texte de 1977, fort court, Sokal et Bricmont sont à nouveau disqualifiés, sous prétexte qu’ils le retraduisent en français à partir d’une traduction anglaise. Toute cette machinerie, afin de passer sous silence leurs analyses supportées par des textes de 1975, 1971, 1970, 1973, de Lacan. Hélas ! il y a bien d’autres textes qui prouvent que Lacan, n’ayant rien compris aux concepts mathématiques dont il se recommande, les incruste dans un discours totalement dépourvu de sens. Lacan ne fait pas la différence entre un nombre irrationnel et un nombre imaginaire, il ignore ce qu’est un ensemble ouvert, une limite, “ses calculs sont de la pure fantaisie” et il confond proposition et fonction.

On comprend la fureur désespérée des adorateurs, soudain mis en présence de Sa Majesté dans l’appareil d’un inélégant déshabillé. Face à cette insupportable désespérance, il ne reste plus qu’à se réfugier, comme le fait Mme Roudinesco, dans une cécité de convenance, pour tomber tête en avant dans la grande illusion comique où « les deux savants (sic) fabriquent un jargon aussi incompréhensible que celui qu’ils fustigent ». Soit, le silence qui suit la musique de Mozart, disait Sacha Guitry, est encore de lui. La rhétorique freudienne va retourner toute opposition extérieure en opposition interprétable dans le cadre du système. Dès lors, toute mise en question sera la vérification du système, puisque la proposition adverse sera traitée comme l’opposition d’un adversaire, qui sera discrédité comme affecté d’incompétence mentale. “Nous traitons nos adversaires comme des malades.” Ce qui signifie deux choses. D’abord, que tout énoncé théorique est intégré à la relation avec l’analyste. Mais, ensuite et par là même, que la proposition est intégrée au système totalitaire, où une opposition à l’analyste est totalement exclue, puisque parfaitement conforme au système. Être en accord ou être en désaccord est parfaitement compatible avec le système.

En effet, toute opposition dans ce système est, par essence, une résistance à l’interprétation de l’analyste. C’est un bonheur de constater que Mme Roudinesco préserve la tradition, quand elle nous annonce que « l’antifreudisme le plus violent, de Grünbaum à Swales, est aussi un produit du freudisme ». Le totalitarisme renferme l’homme tout entier et ne laisse rien en dehors de lui-même. « Les mouvements totalitaires », nous assure Hannah Arendt, « posèrent leur supériorité, dans la mesure où ils étaient porteurs d’une Weltanschauung qui leur permettait de pendre possession de l’homme dans sa totalité ».

En cherchant à définir la singularité du jacobinisme, Hippolyte Taine le compare aux despotismes de l’histoire et il trouve que ce qui le caractérise, c’est qu’il ne laisse rien à l’homme, en dehors de ce qu’il lui impose : « ne rien laisser en lui qui ne soit prescrit, conduit et contraint ». Un tel mécanisme, comme on l’a vu dans le cours de l’histoire, caractérise à ce point le mouvement totalitaire que le piège se referme naturellement sur l’accusateur, qui devient accusé, s’accusant à son tour pour rester dans le système. Fouquier-Tinville, après avoir assisté à la séance de la Convention qui le met en accusation, va directement à la Conciergerie se faire enfermer. Avant de recevoir le même destin que celui qu’il avait forgé à tant d’autres, il écrit qu’il n’avait été qu’« un rouage mobile et soumis à l’action du ressort de la mécanique du gouvernement révolutionnaire ». La fin de la correspondance entre Freud et Jung témoigne dramatiquement de cet enthousiasme, où l’un et l’autre se poursuivent en s’accusant d’anomalie mentale.

 

CONCLUSION

 

On pourrait croire notre tâche achevée, mais reste un sentiment d’insatisfaction. Il n’a pas échappé, à ceux qui ont de bonnes lectures, l’importance des propos tenus à Bruxelles, par Jacques Lacan, le 26 février 1977, et soigneusement rapportés au moment de sa mort, en 1981, par Le Nouvel Observateur : « Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c’est quand même ce qu’on appelle d’habitude du chiqué… Du point de vue éthique, c’est intenable, notre profession ; c’est bien d’ailleurs pour ça que j’en suis malade… Il s’agit de savoir si Freud est, oui ou non, un événement historique. Je crois qu’il a raté son coup. C’est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s’en foutra, de la psychanalyse. »

Difficile pour les admirateurs d’invoquer l’intoxication occasionnelle ou la déficience de la circulation cérébrale, ce serait agir en ignoble scientiste et mettre l’esprit sous l’effroyable domination du cortex d’un homme qui avait, cette même année, “réduit la durée de la séance à quelques minutes”. Il conviendrait plutôt de saluer un artiste de la double manipulation et qui ne peut quitter la scène, comme le fera, plus tard, un président de la république, sans dévoiler ses trucs et jouer sa dernière piperie, face à ses victimes affligées. Pour réutiliser la forte phrase de Mme Roudinesco : « Telle fut donc la peste apportées par Lacan aux… » lacaniens. Nous pouvons encore bénéficier de cette leçon. Il avait été envisagé par des agnostiques, à moins qu’il ne s’agisse de quelques obscurs jansénistes, que ceux qui faisaient la promotion de chair à grand fracas, le vendredi saint, étaient en réalité des agents des jésuites exécutant œuvre pie en éloignant de la libre pensée tout esprit raffiné, agacé par de telles momeries. Mme Élisabeth Roudinesco ne serait-elle pas, dans ses écrits, l’agent mal masqué de l’immense armée de l’antifreudisme ? La qualité de ses démonstrations, l’indigence de ses accusations, ses erreurs maladroites, sa cécité psychique sélective qui lui permet de voir ce qui n’est pas et de ne pas voir ce qui est, engendrent des doutes. Si cela était bien le cas, Mme Élisabeth Roudinesco mériterait à double titre le prix Lyssenko : son œuvre serait alors assimilable à ces terribles nombres complexes, avec leur partie réelle, qui hantaient les nuits du docteur Jacques Lacan et qu’il persistait à appeler imaginaires, en les emmêlant à ses effrayants nœuds d’exorcistes de sa topologie.

 

Jacques Corraze professeur des universités (H)

Immigrés : une étude quantitative valide les préjugés

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L’opinion publique sur l’immigration et les immigrés est largement considérée comme fausse. Par exemple, le public a typiquement tendance à exagérer la part des immigrés dans la population de 10 à 15%. D’un autre côté, les stéréotypes populaires sur les caractéristiques respectives des différents groupes (p.ex. sexes, races, nationalités) s’avèrent généralement exacts. L’étude montre qu’au Royaume-Uni, l’opposition nette aux immigrés de différentes nationalités est fortement corrélée au log du taux d’arrestation des immigrés (r = 0,77; p = 0,00002; 95% ; CI = [0,52 – 0,90]) et avec le log de leurs taux d’arrestations pour des crimes violents (r = 0,77; p = 0,00001; 95% CI = [0,52 -0,90]) ; ce qui est particulièrement remarquable, étant donné que les Britanniques auraient tendance à penser que le passé criminel d’un immigré devrait être l’un des critères les plus importants pour l’admettre dans le pays. De plus, ces associations ne sont pas expliquées par une opposition générale aux non-blancs, aux non-occidentaux, aux étrangers qui ne parlent pas anglais, aux musulmans, ou à ceux qui viennent de pays avec un QI moyen bas. La variable « criminalité » est donc la plus statistiquement significative. Bien qu’ils soient de nature circonstancielle, les résultats de l’étude suggèrent que l’opinion publique sur les immigrés est plus exacte qu’on ne le suppose souvent.

* r = coefficient de détermination (R2)
* p = valeur p
* CI = intervalle de confiance

 

Sociologie quantitative et science politique.

Étude soumise : 9/10/2016  Publication: 10/11/2016

NET OPPOSITION TO IMMIGRANTS OF DIFFERENT NATIONALITIES CORRELATES STRONGLY WITH THEIR ARREST RATES IN THE UK

Par Noah Carl

a Nuffield College, New Road, Oxford, OX11NF, United Kingdom.

L’existence des races humaines, acquis définitif de la science

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L’existence des races humaines, acquis définitif de la science

Par Henry de Lesquen et le Carrefour de l’Horloge

 

C’est le grand savant suédois Carl von Linné qui a, le premier, établi une classification générale des êtres vivants, dans laquelle il a fait entrer l’homme, tout naturellement. On dit, aujourd’hui, que l’homme appartient au règne animal, à l’embranchement des vertébrés, à la classe des mammifères, à l’ordre des primates, à la famille des hominidés et au genre Homo, famille et genre dont le seul représentant actuel est l’espèce Homo sapiens. Celle-ci, à son tour, se divise en races, comme les autres espèces vivantes, et cela d’autant plus facilement que la variabilité de notre espèce est très supérieure à celle des espèces sauvages, et n’est dépassée que par celle de certains animaux domestiques, comme le chien.

 

Il y a 5 grandes races : caucasoïde, mongoloïde, congoïde, capoïde, australoïde (termes de Carleton Coon).

 

Les objections des négateurs

Langaney et les autres négateurs emploient trois types d’arguments fallacieux pour rejeter à la fois le sens commun et les résultats scientifiques concordants que nous avons résumés. Ce sont : le sophisme de la continuité, le sophisme de la variabilité, le sophisme de l’intentionnalité. Les deux premiers restent du domaine de la discussion scientifique, bien qu’ils soient faux. Le dernier est purement idéologique ; comme nous l’avons déjà évoqué, nous n’insisterons pas.

 

Le sophisme de la continuité

Les négateurs remarquent d’abord que les anthropologues n’ont jamais pu se mettre tous d’accord sur un système de classification, tant les types intermédiaires sont nombreux qui permettent de passer insensiblement d’une « race » à une autre. « L’humanité, dit André Langaney, se présente (…) comme un ensemble continu, une sorte de nappe qui se rétrécit ici ou là, isolant plus ou moins bien des ensembles de population d’effectifs variables et plus ou moins homogènes. » Il serait donc vain de vouloir découper des catégories dans cet ensemble.

Cet argument de continuité ne prouve rien. Il rappelle même fâcheusement le sophisme d’Achille et de la tortue : sous prétexte que le mouvement est infiniment divisible, Achille « au pied léger » ne parviendrait jamais à rattraper la tortue… C’est ainsi que Zénon d’Elée prétendait démontrer l’impossibilité du mouvement par le fait qu’un objet doit, pour se déplacer, franchir une infinité de points intermédiaires ; il était alors facile au philosophe sensé de démontrer la réalité du mouvement : il n’avait qu’à marcher. De la même manière, il suffit aujourd’hui de prendre l’avion de Paris à Tokyo, ou de Dublin à Dakar, pour se convaincre que les races sont une réalité…

On pourrait aussi bien nier la lumière et les couleurs que les races, en remarquant que l’on passe insensiblement du noir au blanc, entre lesquels il y a toutes les nuances de gris, ou du jaune au bleu, entre lesquels il y a toute la gamme des verts.

Du reste, il ne faut pas surestimer les divergences entre les classifications proposées par les anthropologues ; ils admettent tous, à la base, le schéma des trois grandes races, qu’ils sont simplement obligés de compliquer, pour tenir compte des races marginales d’Australie ou d’Afrique du sud, ou bien pour détacher les populations amérindiennes des autres mongoloïdes. Quoi qu’il en soit, la variété des classifications zoologiques ne fait pas douter de la diversité des espèces animales.

D’autres auteurs (mais non A. Langaney) ajoutent que les « races géographiques » qui se sont effectivement formées dans le passé ont aujourd’hui tendance à disparaître par métissage, à mesure que deviennent plus faciles les communications et plus fréquents les échanges entre les peuples. Il est curieux d’en tirer argument contre l’existence des races, car, si les races sont susceptibles de disparaître par métissage, c’est qu’elles sont présentes au départ.

De toute façon, le métissage n’élimine pas les races, il ajoute un type intermédiaire aux deux types d’origine, et il peut même donner naissance, à la longue, à de nouvelles races, comme cela est en train, sans doute, de se faire en Amérique latine.

Il est amusant de remarquer que ceux qui invoquent l’universalité du métissage pour nier l’existence des races, et qui s’écrient : « Nous sommes tous des métis » , rejoignent l’opinion de Gobineau, qui écrivait, quant à lui, dans l’Essai sur l’inégalité des races humaines : « L’espèce blanche (nous dirions : la race blanche), considérée abstractivement, a disparu de la face du monde. (…) elle n’est plus maintenant représentée que par des hybrides. »

 

Le sophisme de la variabilité

Les techniques d’électrophorèse, utilisées depuis 1966, ont révélé que la variabilité génétique était bien plus grande que les spécialistes ne l’imaginaient jusqu’alors. De plus, les différences génétiques à l’intérieur d’une race sont très supérieures à celles qui séparent les races : selon Masatoshi Nei, la variabilité intraraciale représente 90 % du total, la variabilité interraciale (entre les trois grandes races), 10 % seulement . Les négateurs ont cherché à tirer parti de ce résultat. Il était pourtant prévisible, à notre avis, car il est aisé d’observer, dans tous les groupes raciaux, des petits et des grands, des maigres et des gros, etc., même si la taille ou le poids moyen ne sont pas les mêmes.

Le classement d’une série quelconque d’individus ou d’éléments dépend entièrement du point de vue retenu. Par exemple, on peut ranger les livres d’une bibliothèque selon leur contenu (en séparant les romans des essais…), selon la date de la parution, selon l’ordre alphabétique du nom de l’auteur, ou la qualité de la reliure, etc.. De même, on peut classer les êtres humains selon la race, le sexe, l’âge, la santé, le groupe sanguin, etc.. Toutes ces classifications ont leur intérêt et leur pertinence et il est idiot d’expliquer que l’une détruit l’autre, comme le fait cependant A. Langaney . Pour se convaincre de l’absurdité du procédé, il suffit de remarquer qu’il permettrait de nier, par exemple, les catégories sexuelles. En effet, les hommes, comme les femmes, se répartissent entre les groupes sanguins A, B et O : il vaut mieux, pour un homme de race blanche, recevoir du sang d’une femme noire, s’il est du même groupe, que celui d’un autre homme de la même race, s’il ne l’est pas. De la même manière, on pourrait nier les différences entre espèces, puisque le système ABO se retrouve chez le chimpanzé. Si les races n’étaient pas une réalité, les espèces ne le seraient pas non plus !

Selon A. Langaney, l’homme partage 99,9 % de ses gènes avec le chimpanzé : il exagère sans doute, 99 % paraît une estimation plus raisonnable . Cela ne signifie pas, au demeurant, que deux individus pris au hasard dans chacune des deux espèces sont génétiquement identiques à 99 %, mais que les allèles (variantes des gènes) caractéristiques d’une espèce ne sont qu’1 % du total. Or, nous avons la faiblesse de penser que cet écart d’1 % n’est pas négligeable…

Les différences raciales, qui ne remettent évidemment pas en cause l’unité de l’espèce humaine, portent essentiellement sur certains gènes. Ceux-ci ne seront bien connus que lorsque le génome humain aura été entièrement exploré, dans toutes ses variations, ce qui est une vaste entreprise. En attendant, on peut tout au plus calculer des corrélations statistiques entre ces gènes, dont l’emplacement n’est pas connu, mais dont on observe les effets, et certains autres, comme ceux qui déterminent les groupes sanguins. Il n’y a pas lieu d’accepter le réductionnisme de certains spécialistes de la génétique des populations, comme André Langaney, qui dénient toute valeur à l’anthropologie traditionnelle. Pour autant, les progrès de la génétique sont riches d’enseignement sur les races et l’histoire des races, notamment parce qu’ils mettent au jour des « marqueurs raciaux », c’est-à-dire des gènes ou caractères génétiques simples inégalement distribués entre les groupes raciaux. Le système ABO était déjà riche d’enseignements, sa répartition n’étant pas la même dans toutes les populations, mais on a trouvé depuis de nombreux marqueurs, plus spécifiques, qui n’apparaissent que dans une seule race : par exemple, pour le groupe sanguin Diego, l’allèle A est propre à la race jaune ou mongoloïde ; pour le groupe sanguin Duffy, l’allèle O n’existe que chez les noirs.

Dans le même ordre d’idées, A. Langaney veut faire croire que les différences raciales ne portent que sur des détails superficiels, des caractères visibles tels que la couleur de la peau, la forme des cheveux, etc., ce qu’il appelle la « carrosserie », tandis que l’essentiel est constitués de caractères cachés (le moteur ?), qui seraient les mêmes pour toutes les races. En effet, l’auteur, qui adopte la thèse « monocentriste », estime que les races sont d’origine trop récente pour qu’elles aient pu diverger beaucoup. Les différences de « carrosserie » entre les populations s’expliqueraient par une adaptation aux conditions locales du climat .

L’image de la carrosserie est malheureuse, car il est rare de trouver un moteur de Ferrari sous le capot d’une 2 CV. En fait, rien ne permet d’établir une dichotomie entre caractères visibles et caractères cachés. Les traits de la personnalité, qui sont souvent aussi héritables que l’aspect physique, font-ils partie de la « carrosserie » ou du moteur ? Le climat a pu influencer la couleur de la peau, bien que ce ne soit pas si évident, puisque que l’on trouve des hommes de race jaune sur l’équateur, comme au pôle Nord. Mais l’adaptation aux conditions locales porte normalement sur l’ensemble du génotype, et non seulement sur des caractères isolés. De plus, l’homme étant un être de culture et de civilisation, il modifie son environnement en fonction de ses besoins. L’évolution est donc déterminée au moins autant par les conditions socioculturelles que par les conditions géographiques.

Enfin, même si l’on accepte l’hypothèse monocentriste, il reste que 100.000 ans représentent 5.000 générations (les femmes avaient autrefois leurs enfants très jeunes), et que c’est bien assez pour que se produise une variation considérable au sein de l’espèce humaine, qu’elle soit due au climat ou à bien d’autres facteurs. Finalement, la nature des différences raciales est une question empirique, et la vérité oblige à dire qu’elles ne portent pas seulement sur des aspects anecdotiques, comme le prétend A. Langaney. Le bilan dressé dans l’ouvrage de Jean-Pierre Hébert, Race et intelligence, montre qu’elles sont importantes .

Selon A. Langaney, « les multiples expériences de transplantation qui ont été faites empiriquement (sic) prouvent que les différenciations sociales de l’espèce humaine ne relèvent en rien de différences génétiques entre les populations » . Si l’on prend isolément un individu quelconque, il est évident, en effet, qu’il hérite d’un patrimoine culturel sur lequel il a peu de prise. Par exemple, un enfant espagnol adopté par une famille française aura le français comme langue maternelle, même si jamais aucun de ses ancêtres ne l’a parlé. La langue française est pour lui une donnée, qu’il reçoit comme beaucoup d’autres.

L’individu subit la culture de la société où il vit : elle lui est imposée, quelle que soit sa biologie propre. A de rares exceptions près, on peut tenir pour négligeables les modifications qu’il introduit dans la société à laquelle il appartient. De là à admettre qu’on peut dissocier les deux ordres de fait, le biologique et le culturel, il n’y a qu’un pas. Mais, en le franchissant, on commet le « sophisme de composition », qui consiste à oublier que les propriétés du tout ne se réduisent pas à celle des parties. Ce qui est vrai d’un seul individu ne l’est plus d’un grand nombre. L’entrée massive de nouveaux venus dans une société quelconque, en supposant même qu’ils puissent se dépouiller de leur culture d’origine, ne peut manquer d’avoir de grandes répercussions sur le fonctionnement de cette société. On en trouve un exemple concret, en matière de langue, dans le phénomène créole. Les esclaves noirs emmenés en Amérique ont formé des dialectes qui leur étaient propres. Langue mixte, le créole comprend une base européenne (anglais pour la Jamaïque et la Barbade, français en Haïti et en Martinique), altérée par ses usagers sur le plan de la grammaire et du vocabulaire.

« Le magistère antiraciste, écrit Claude Imbert, brave sottement l’opinion commune en affirmant que les races n’existent pas. » Comme dans le célèbre roman d’Orwell, 1984, les négateurs proscrivent l’usage de certains mots . Dans une société communiste pure et dure, il est impossible de demander la liberté, puisque les libertés « bourgeoises » sont une duperie, et que la vraie liberté est celle d’obéir au parti communiste. De même, pour André Langaney et autres négateurs, il est interdit de parler de races ou d’inégalité, sans passer pour un complice des crimes contre l’humanité.

Quelle stratégie contre l’avortement ? Par Henry de Lesquen

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Henry de Lesquen, assisté de Joëlle, recevait Stéphane Bignon, ingénieur, président de Terre et famille, Xavier Dor, médecin, embryologiste, président de SOS-Tout-Petits, Luc Perrel, médecin, président de Laissez-les-vivre, Nicolas Stoquer, diplômé de l’IEP, fondateur du Rassemblement Pour la France, défenseur du patrimoine, Patrick Simon, avocat, président de l’ALEPS, Alexandre de Lur Saluces, viticulteur et Nicolas de Rabaudy, journaliste, écrivain. Thèmes : « Quelle stratégie contre l’avortement ? ; Chronique du grand-large : les effets involontaires des atteintes à liberté d’expression ; La tradition de l’excellence, histoire d’une famille et de son vin ; Chronique du courrier des auditeurs ».

 

Henry de Lesquen démonte l’imposteur Thomas Piketty

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Remise du prix Lyssenko 2015 par le Carrefour de l’Horloge à Thomas Piketty

 

Notre “lauréat”, Thomas Piketty, a connu la gloire grâce à son livre de septembre 2013, Le capital aux XXIe siècle (Seuil), dont le titre a évidemment été choisi à dessein en référence au Capital de Karl Marx. Traduit en anglais presque immédiatement (avril 2014), il a soulevé une vague d’enthousiasme et une avalanche de compliments dans la gauche américaine. La thèse de Piketty, fort simple, avait en effet tout pour plaire à cette dernière. Posant en principe que le taux de rendemement du capital est toujours et nécessairement supérieur au taux de croissance (r > g), l’auteur y voit une “contradiction du capitalisme” (on notera le vocabulaire marxiste), puisque cette relation entraînerait inéluctablement, selon lui, l’accroissement sans limite du capital, la concentration toujours plus grande de celui-ci, et donc “l’aggravation des inégalités” (selon le langage convenu).

Quand on fait l’effort de lire intégralement les 950 pages de l’ouvrage (ce qui demande quand même 50 heures au minimum !), on est pour le moins perplexe. Il est évident que Piketty s’est inspiré des méthodes rhétoriques de Marx. Il fait long pour impressionner, quand il aurait pu avantageusement s’en tenir à 200 pages. Il laisse dans l’obscurité les points délicats de sa prétendue démonstration et répète comme un mantra : “r > g” ! Il accable le lecteur d’innombrables statistiques, en précisant à celui-ci qu’il pourra en trouver trois fois plus sur son site Internet. Il prétend pompeusement découvrir les deux “lois fondamentales du capitalisme”, alors que la première n’est qu’une identité comptable, du reste écrite à l’envers, nous allons le voir, et que la seconde ne vaut guère mieux et n’a nullement la portée qu’il lui prête.

La France et le monde seraient donc, selon lui, engagés dans “une spirale inégalitaire sans fin et une divergence sans limite des inégalités patrimoniales” (p. 840). Il nous fallait un sauveur : c’est Piketty. Pour lui, la solution s’impose, c’est d’une part, un impôt mondial sur le capital, qui pourrait monter à 10% par an pour les plus grosses fortunes (il est vrai que si l’on prend 100 millions de dollars à quelqu’un qui en a 1 milliard, il lui restera quand même 900 millions), d’autre part, un impôt confiscatoire (il revendique l’expression), dont le taux atteindrait précisément 82% pour les plus hauts revenus.

L’ennui, c’est que rien ne tient dans l’argumentation de Piketty. On chercherait en vain les enchaînements logiques de sa théorie. C’est un curieux théoricien qui procède par suggestion plutôt que par explication. De surcroît, la masse des données qu’il présente, si on l’étudie sans préjugé, infirme sa propre thèse. Elle démontre non seulement qu’il n’y a pas eu d’augmentation des inégalités, mais au contraire que celles-ci se sont considérablement réduites en un siècle, disons de 1910 à 2010.

Le livre de Piketty a été dûment mis en pièces par des économistes de talent. Dès le 23 mai 2014, Chris Giles publiait un article retentissant dans le Financial Times où il révélait que notre “lauréat” avait trafiqué les données du Royaume-Uni pour étayer sa thèse. Dans un livre collectif présenté par Nicolas Lecaussin et justement intitulé Anti-Piketty – Vive le capital au XXIe siècle ! (Libréchange, 2015), la thèse de Piketty est réduite à néant sur le plan théorique et, qui pis est, il y est démontré que ses statistiques sont fausses, manipulées, tendancieuses. Il y avait eu auparavant un petit ouvrage stimulant de Bernard Zimmern, bizarrement intitulé Changer Bercy pour changer la France, et dont le sous-titre était plus explicite “Les riches sont la solution, pas le problème” (Tatamis, 2014). Zimmern y soulignait la partialité de Piketty, qui ne tenait pas compte des transferts sociaux pour évaluer les inégalités. On peut ajouter que Piketty ne tient pas compte non plus de la créance implicite sur l’Etat ou la collectivité qui résulte des régimes de retraite par répartition, ce qui majore indûment les inégalités de patrimoine.

 

Une approche idéologique sous un vernis scientifique

Le discours scientifique est fondé sur un principe cardinal : la distinction entre jugement de valeur et jugement de connaissance. Il est dommage que les économistes l’oublient trop souvent. Piketty, quant à lui, revendique carrément la confusion, ce qui en fait un lyssenkiste du genre impudent. « Je n’aime pas beaucoup l’expression “science économique” (…). Je préfère nettement l’expression “économie politique”, peut-être un peu vieillotte, mais qui a le mérite d’illustrer ce qui me paraît la seule spécificité acceptable de l’économie au sein des sciences sociales, à savoir la visée politique, normative et morale » (p. 945). Donnons-lui acte de cet aveu : sa “visée politique, normative et morale”, autrement dit idéologique, est évidente. Et elle discrédite tout son travail. Il ajoute : “L’idée selon laquelle l’éthique du chercheur et celle du citoyen seraient irréconciliables, et qu’il faudrait séparer le débat sur les moyens et celui sur les fins, me semble être une illusion, compréhensible certes, mais pour finir dangereuse” (p. 946). Ce qui est dangereux, au contraire, c’est de se donner bonne conscience et de s’absoudre de ses mensonges et de ses tricheries, statistiques ou autres, au nom de la pureté de ses intentions.

A cet égard, Piketty est le digne disciple de Marx, auquel il trouve bien des mérites : “(…) malgré toutes ses limites, l’analyse marxiste conserve sur plusieurs points une certaine pertinence” (p. 29). Il ajoute : “Le taux de rendement du capital est un concept central de nombreuses théories économiques, en particulier dans l’analyse marxiste (…)” (p. 93). De fait, ce concept est central dans l’analyse rudimentaire qui sert de théorie à Piketty. Celui-ci va même jusqu’à se réclamer de Lénine, avec des précautions de langage, en évoquant son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Thomas Piketty est néo-marxiste. Pour lui, l’économie est affaire de répartition et non de production : “La question de la répartition des richesses est trop importante pour être laissée aux seuls économistes (…). La réalité concrète et charnelle de l’inégalité s’offre au regard de tous ceux qui la vivent (…)” (p. 17). A aucun moment, il ne s’interroge sur le lien entre l’inégalité et la prospérité, si ce n’est pour décréter contre tout bon sens qu’un impôt spoliateur à 82% ne saurait avoir le moindre effet négatif sur la création de richesses. Pour lui, il va de soi que l’inégalité est forcément injuste et que la justice se confond avec l’égalité. Pour lui, le revenu du capital est illégitime, il est volé au travailleur. Il ne parle pas de lutte des classes (ce qui aurait nui au succès de son livre aux Etats-Unis), mais la notion est sous-jacente. Les riches sont toujours et partout des rentiers auxquels il faut faire rendre gorge. Piketty emploie le langage académique qu’il faut avoir dans la profession d’économiste, mais l’intention du propos est violente.

La malhonnêteté intellectuelle de Thomas Piketty est frappante lorsqu’il ne craint pas d’invoquer la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Il met en exergue l’article premier : “Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune” (p. 13, voir aussi p. 944), comme s’il justifiait une politique de redistribution, alors qu’il signifie simplement qu’il ne peut y avoir de privilèges juridiques (on venait d’abolir ceux de la noblesse). Il s’abstient en revanche de parler de l’article 2, qui range la propriété parmi les “droits naturels et imprescriptibles de l’homme” et de l’article 17, qui énonce que la propriété est “un droit inviolable et sacré”. Au delà de ces considérations philosophiques, l’auteur passe sous silence la fonction du droit de propriété pour la création de richesses, la croissance de l’économie et la prospérité de tous. Sa pensée est de part en part obscurcie par les odieux préjugés d’une idéologie égalitaire néo-marxiste.

 

Une théorie inconsistante sans valeur scientifique

On l’a vu, Piketty croit pouvoir conclure immédiatement de l’inégalité r > g, c’est-à-dire du fait que le taux de rendement du capital est supérieur au taux de croissance, que le capitalisme est frappé d’une contradiction dont il ne pourrait sortir qu’au prix d’impôts confiscatoires. Mais cette contradiction n’existe que dans son esprit partial.

Le taux de croissance de l’économie française en 2015 est le rapport du total des revenus de l’année, revenus du capital, c’est-à-dire de la propriété, et revenus du travail, sur le total des revenus de 2014. Le taux de rendement du capital est le rapport du revenu du capital en 2015 au montant de celui-ci, c’est-à-dire à la somme des patrimoines des agents économiques, au 1er janvier 2015. On ne voit pas en quoi le fait que “r” soit supérieur à “g” aurait une conséquence univoque sur l’inégalité des fortunes ou des revenus. Thomas Piketty l’affirme, il le répète sans cesse, mais à aucun moment il n’en apporte la moindre preuve. On est ici dans le cas extrême d’une pseudo-théorie qui fonctionne par suggestion plutôt que par démonstration. Sa conclusion péremptoire sur la “spirale inégalitaire sans fin” est nulle et non avenue.

Piketty appuie sa thèse spiralique sur deux prétendues “lois fondamentales du capitalisme”. La première “loi” est une simple identité comptable :

α = r*β

où α est la part des revenus du capital (du patrimoine, de la propriété) dans le revenu total,

r est le taux de rendement du capital (anglais rate),

β le rapport du capital sur le revenu.

Cette équation a beau être tautologique, elle est mal posée. Comme le remarque Álvaro Vargas Llosa dans Anti-Piketty, la relation est inverse : “(…) l’économiste français raisonne à l’envers quand il fait dépendre le rendement du capital de la valeur de départ du capital. C’est au contraire en actualisant le rendement attendu généré par les biens capitaux dans l’esprit des entrepreneurs qui les combinent d’une manière productive qu’une estimation de la valeur du capital peut être obtenue.” (p. 136).

Cette relation inverse entre le capital et le rendement de celui-ci est une évidence bien connue de tous ceux qui sont un tant soit peu frottés de science économique, bien qu’elle échappe à notre lauréat. Elle est aisée à comprendre, même pour ceux qui ne le sont pas. Prenons l’exemple simple d’un emprunt perpétuel d’un montant de 100 euros émis au taux de 3% et qui rapporte donc 3 euros par an. Si le taux d’intérêt du marché passe à 6%, un nouvel emprunt de 50 euros donnera la même annuité de 3 euros. Il s’ensuit que sur le marché secondaire des obligations, notre emprunt initial ne vaudra plus que 50 euros. Sa valeur est égale au rapport de l’annuité sur le taux d’intérêt (v = a/i, puisque, par définition, i = a/v).

La relation inverse dont nous parlons suffit à invalider tous les beaux raisonnements de notre “lauréat”. On peut qualifier la théorie de cet économiste de simpliste et de primitive.

Comme le souligne aussi Randall Holcombe dans Anti-Piketty, “(…) la valeur du capital provient de la valeur anticipée des produits finis qu’il produira” (p. 325). “C’est donc la valeur du stock de capital qui est déterminée par le rendement qu’il génère, plutôt que, comme le décrit Thomas Piketty, le rendement qui est déterminé par la valeur du capital” (p. 326). Et encore :

“Thomas Piketty utilise la relation α = r*β, mais une façon plus précise de décrire la relation économique est β = α/r. Les expressions sont mathématiquement équivalentes, mais la manière de présenter de Thomas Piketty suppose que la valeur du capital détermine son rendement, plutôt que la représentation économiquement plus précise selon laquelle le rendement produit par le capital détermine sa valeur” (p. 328).

Rien dans la logique du capitalisme n’implique que le capital croisse plus vite que l’économie. Cela ne résulte ni de l’inégalité r > g, du fait que le taux de rendement du capital est supérieur au taux de croissance, ni de la prétendue deuxième loi fondamentale du capitalisme, valable à long terme sous certaines conditions, que Piketty énonce ainsi :

β = s/g

où β est le rapport du capital sur le revenu,

s est le taux d’épargne (anglais saving),

g le taux de croissance (anglais growth).

Cette pseudo-loi est en réalité à nouveau une identité comptable, mais plus élaborée que la première, puisqu’elle se réalise à long terme en supposant, d’une part, que le taux d’épargne et le taux de croissance sont constants, d’autre part, que l’on peut négliger la variation des prix relatifs. Or, aucune de ces deux hypothèses n’est valable. Selon Daron Acemoglu et James A. Robinson, qui en discutent dans Anti−Piketty (pp. 262 à 265), “un changement dans le taux de croissance g pourrait également modifier le taux d’épargne s (…) puisque ce sont des variables endogènes qui sont liées dans les modèles standards de croissance économique”.

Notre lauréat conclut de sa loi que, si la croissance est faible, comme on peut le craindre pour les prochaines décennies, le rapport du capital au revenu va littéralement exploser, d’où une “aggravation des inégalités”.

En fait, même si l’on consent à admettre la prétendue loi pour les besoins de la discussion, rien n’est moins sûr. Si la croissance devait tomber à presque zéro, il y a fort à parier qu’il en irait de même de l’épargne nette, variable “s”. On ne voit pas en effet pourquoi la croissance de l’économie ne continuerait pas, à population constante, si le capital augmentait. Ainsi, le capital resterait tout aussi constant que le revenu.

Supposons cependant, à titre infiniment subsidiaire, comme on dit dans les mémoires d’avocat, que se produise cette explosion tant redoutée du montant global du capital. Il n’est nullement acquis que cela se traduise par une concentration du capital ni par une modification de la part des revenus du capital dans le revenu total. Le capital augmente la productivité du travailleur, donc la rémunération de celui-ci.

“Sur le long terme, dit Hans-Werner Sinn dans Anti-Piketty, le taux de rendement du capital se situe en effet généralement au-dessus du taux de croissance de l’économie (…). Mais cela ne signifie pas que le capital croisse plus vite que l’économie. Cette conclusion ne s’imposerait que si l’épargne pouvait être égale au revenu des intérêts, si bien que le taux de croissance de l’économie serait le même que celui du capital. Mais ce n’est pas le cas. Au contraire, l’épargne est systématiquement inférieure à la somme de tous les revenus du capital. (…) Le taux de croissance du capital se situe donc nettement en dessous du taux d’intérêt et le fait que le taux d’intérêt dépasse le taux de croissance n’implique nullement que le capital croisse plus vite que l’économie.

“En effet, c’est une découverte essentielle de la théorie de la croissance économique que le taux d’intérêt d’une économie, fonction du taux d’épargne, se situe sur le long terme à un niveau auquel la croissance du capital est égale au taux de croissance de l’économie. Ce qui a pour conséquence la stabilité à long terme du rapport capital/production, qui est un élément de base de toute théorie de la croissance” (pp. 338-339).

 

Des données présentées par l’auteur qui infirment sa propre théorie

Si rien, dans la théorie rudimentaire soutenue par Thomas Piketty, ne vient réellement à l’appui de sa prophétie d’une “spirale inégalitaire sans fin”, peut-il du moins invoquer les données statistiques qu’il a recueillies pour tenter de la valider ? Il n’en est rien, au contraire. Il y a eu en réalité, selon ses propres chiffres, une impressionnante réduction des inégalités à long terme. Nous n’avons même pas besoin à cet égard, pour la réfutation, de discuter de la qualité des données rassemblées dans Le Capital au XXIe siècle, qui, comme nous l’avons dit, sont souvent douteuses. Mais, en dépit de ses manipulations, Piketty ne peut occulter le fait massif de la réduction des inégalités.

La meilleur mesure des inégalités dans une société est le coefficient de Gini, indicateur synthétique qui est égal à 0 en cas d’égalité parfaite, à 1 en cas d’inégalité parfaite (un seul individu a tout), et que l’on peut appliquer au revenu, au capital ou à n’importe quelle autre grandeur. Piketty n’aime pas le coefficient de Gini (pp. 417s). Forcément, celui-ci est beaucoup plus difficile à manipuler que les indicateurs partiels. Piketty préfère s’intéresser au décile, au centile ou au millime supérieur, c’est à dire aux 10%, 1% ou 1‰ les plus riches, en termes de fortune ou de revenu. Il ne fait apparaître le coefficient de Gini que dans trois tableaux (pp. 390 à 392). On apprend ailleurs quand même, dans une note en bas de page, et c’est fort intéressant : “Pour ce qui concerne la répartition des revenus au niveau individuel, il semblerait que l’envol de la part des centiles supérieurs (qui ne concerne pas tous les pays) n’ait pas empêché une baisse du coefficient de Gini au niveau mondial” (p.699). Ergo, notre “lauréat” doit reconnaître, certes du bout des lèvres, que l’inégalité diminue, du moins pour le monde entier. Comment, du reste, pourrait-il en aller autrement, si l’on songe à la croissance rapide des pays dits émergents, qui bénéficient par imitation des progrès faits avant eux par les pays occidentaux, qu’ils s’efforcent de rattraper ?

Mais qu’en est-il pour la France ? Nous ne saurons pas comment le coefficient de Gini y a varié en consultant Le capital aux XXIe siècle, mais Piketty nous fournit de nombreuses statistiques qui prouvent la diminution des inégalités, quelle qu’en soit la mesure.

En France, entre 1910 et 2010, la part du centile supérieur dans les revenus est passée de plus de 20% à moins de 10% (p. 503) !

Entre 1910 et 2010, la part du décile supérieur dans les revenus est passée de 45% à 25% (p. 429).

Entre 1910 et 2010, la part du centile supérieur dans les patrimoines est passée de 70% à 25% (p. 543).

Entre 1910 et 2010, la part des revenus du capital dans le revenu national est passée de 40% à 25% (p. 359).

Piketty est bien obligé de le noter : “(…) la très forte déconcentration de la propriété (la part du centile supérieur a pratiquement été divisée par trois en un siècle, passant d’environ 60% dans les années 1910 à guère plus de 20% au début des années 2010) et l’émergence d’une classe moyenne patrimoniale impliquent qu’il existe aujourd’hui beaucoup moins de très gros héritages qu’au XIXe siècle ou à la Belle Époque” (p. 666). Vous avez dit “déconcentration” ? Autrement dit, réduction des inégalités. Alors, pourquoi sonner le tocsin, monsieur l’égalitariste ?

L’essor des classes moyennes, de ce “groupe central” dont parlait Valéry Giscard d’Estaing dans Démocratie française (Fayard, 1976), est la manifestation la plus éclatante de la réduction des inégalités.

Il y a un signe qui ne trompe pas de cette réduction des inégalités : c’est la quasi-disparition des domestiques. En 1910, à la Belle Époque, un bon bourgeois, une personne à l’aise dans la société, pouvait facilement employer trois, cinq, dix domestiques… Aujourd’hui, le même, c’est-à-dire celui qui est situé au même niveau dans l’échelle des revenus, emploie péniblement une femme de ménage à temps partiel, en général immigrée… En effet, en 1910, une personne du centile des revenus les plus élevés gagnait 50 à 60 fois plus qu’un domestique, aujourd’hui, elle en gagne 10 à 15 fois plus, ce qui change tout. La réduction du nombre des domestiques ne s’explique pas seulement par l’invention de l’aspirateur et de la machine à laver.

Piketty note aussi, ce qui devrait le satisfaire, que la part des revenus du capital dans le revenu national est passée de 40% en 1810 à 25% en 2010, la part des revenus du travail augmentant donc de 60% à 75%. Mais le propre d’un égalitariste, empoisonné par son idéologie, est de n’être jamais satisfait tant qu’il n’a pas obtenu l’égalité parfaite…

On pouvait penser a priori que l’entrée de l’économie dans l’ère de l’information, qui a pris la suite depuis environ un demi-siècle de l’ère de l’énergie, allait augmenter les inégalités de salaires et de revenus. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit, sauf peut-être pour les revenus les plus hauts. Par exemple, les vedettes, les sportifs de renom, les joueurs de balle au pied les plus en vue, touchent des cachets mirobolants. La productivité marginale de ces individus est démultipliée, pour le producteur, par l’élargissement de la scène au monde. Au lieu que ces vedettes soient financées par 10.000 spectateurs qui ont acheté le billet d’entrée du stade, elles le sont par un milliard de téléspectateurs à travers les budgets de publicité. Mais ce phénomène n’emporte nullement une augmentation générale des inégalités.

Il n’est pas non plus certain qu’il y ait tendance à long terme à la divergence des grosses fortunes. Piketty fait remarquer, d’une part, qu’il est plus facile aux plus riches d’épargner, ce qui est évident, d’autre part, que les grosses fortunes sont mieux gérées que les petites, ce qui est moins sûr. Mais il fait abstraction des facteurs divers et variés qui contredisent l’expansion sans fin des grosses fortunes, indépendamment des prélèvements fiscaux. La ruine consécutive à de mauvaises décisions ou de mauvais placements. L’enfant prodigue qui dilapide la fortune accumulée par son père. Le partage des héritages… Toujours est-il que le classement de la revue américaine Forbes, auquel Piketty se réfère, montre que la liste des plus riches varie beaucoup et que la grande majorité d’entre eux sont des riches de la première génération (ils ont fait fortune eux-mêmes) ou de la deuxième (c’est leur père qui a fait fortune). Rien d’inquiétant donc, quant à la concentration des patrimoines que certains redoutent.

 

Des propositions aberrantes fondées sur une série d’impostures

Inutile de mâcher ses mots. Les conclusions de Thomas Piketty, qui reposent sur des impostures en cascade, le conduisent à des propositions aberrantes. Nous l’avons vu, il veut un impôt mondial sur le capital, dont le taux pourrait atteindre 10%, et il demande que le taux de l’impôt sur le revenu soit porté à plus de 80% pour les tranches supérieures.

Ce n’est pas que l’impôt sur le capital soit aberrant en soi. Il est pratiqué en Suisse, pays qui est un modèle de raison et de libéralisme. Il est normal que chacun contribue aux charges communes en fonction des ses moyens. Encore faut-il que le taux soit modéré (il est partout de moins de 0,5% en Suisse, quel que soit le canton). Au delà de 0,5 %, on entre dans la zone de l’impôt confiscatoire, qui porte atteinte au droit de propriété. Si l’on pense que celui-ci est “inviolable et sacré”, c’est inacceptable. Si l’on sait que le droit de propriété est le fondement de la prospérité générale, c’est aberrant.

La gauche, expression de l’utopie égalitaire, s’est manifestée à travers l’histoire selon deux modalités bien distinctes et normalement opposées : le collectivisme et le cosmopolitisme. Le collectivisme a conduit au communisme. Le cosmopolitisme est l’idéologie dominante au XXIe siècle. Elle est imposée par la superclasse mondiale qui a achevé de se constituer après l’effondrement de l’URSS en 1991. Le paradoxe de cet idéologue de gauche qu’est Thomas Piketty, c’est qu’il réussit à conjuguer les deux pôles opposés de l’utopie égalitaire, le collectivisme et le cosmopolitisme. Son impôt mondial sur le capital est à cet égard une trouvaille. Il abomine la concurrence fiscale entre les Etats, qui met une borne aux spoliations que l’Etat social (comme il dit) inflige aux particuliers, riches ou pauvres. Il ne veut fixer aucune limite à la mondialisation. Et il ne veut pas entendre parler de réduction des dépenses publiques, dans un pays comme la France où elles atteignent 57% du PIB. Il envisage même froidement qu’elles continuent à augmenter jusqu’à 75% du PIB…

Il est temps de démasquer l’imposteur qu’est Thomas Piketty. Sa théorie ne vaut rien. Ses conclusions sont indécentes. Son idéologie est fondée sur le ressentiment, qui est le moteur de l’égalitarisme. Voilà pourquoi il méritait le prix Lyssenko de la désinformation scientifique, qui, espérons-le, contribuera à dessiller les yeux des personnes trop crédules, celles qui s’étaient laissées impressionner par lui et par la réputation que la gauche lui avait faite.

 

Carrefour de l’Horloge

Trump : vers une sortie de l’ONU ?

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Le 26 décembre 2016, Donald Trump annonçait via son compte Twitter que « les Nations Unies ont un énorme potentiel, mais à l’heure actuelle, c’est seulement un groupe où les gens se réunissent, discutent, et passent un bon moment. C’est déplorable ! » (1)

Le site internet ISideWith qui propose des questionnaires afin d’aider les électeurs américains à choisir leur candidat, utilise d’ailleurs cette source pour annoncer que Trump pense que les États-Unis devraient sortir de l’Organisation des Nations Unies. En effet, dans la catégorie des questions de politique étrangère, et, à la question « Est-ce que les États-Unis doivent rester dans l’Organisation des Nations Unies ? », le site indique que le Président des États-Unis répond par la négative. (2)

Le 23 décembre 2016, Trump a également déclaré que « pour les Nations Unies, les choses vont changer après le 20 janvier 2017 (3) », date de la passation de pouvoir avec Barack Obama.

Aussi, un article du Telegraph datant du 19 janvier 2017 rapporte des propos entendus au siège des Nations Unies de New York peu avant l’inauguration de la Présidence Trump. L’ambiance au siège des Nations Unies y est décrite comme « incertaine » et « méfiante ». Une source va même plus loin et parle de « désespoir ». (4)

Il est important de noter que selon le programme du Congrès américain, une proposition a été faite en ce sens le 3 janvier 2017 par un membre républicain du Congrès, Mike D. Rogers. (5) C’est à cette date que les nouveaux membres du Congrès sont entrés en fonction. Il semble donc que Mike D. Rogers a déposé le projet de loi dès son entrée en fonction. Le projet est déjà soutenu par six autres élus républicains. (6) Le texte complet du projet de loi propose une sortie totale de l’organisation des nations unies et fait parti d’un acte législatif plus large nommé l’Acte de Restauration de la Souveraineté Américaine de 2017. La loi propose une sortie de tous les organes de l’ONU et donc si le projet de loi était totalement accepté, alors les États-Unis sortiraient aussi, par exemple, de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le texte complet est disponible ici.

Afin de passer une loi aux États-Unis, plusieurs étapes sont nécessaires. Tout d’abord, le projet de loi doit être proposé et, de préférence, soutenu par d’autres membres, cette étape est accomplie. Ensuite, le projet de loi doit passer par la Commission en charge de telles questions. Ici, ce sera la Commission des Affaires Étrangères. Il y a différentes étapes au sein de la Commission: le gouvernement demande un débat sur la légitimité d’un tel projet de loi, des débats peuvent être tenus sur le projet de loi à cette période et le projet de loi est voté une première fois au sein de la Commission. Selon les résultats du débat et du vote, des révisions peuvent être apportées au projet de loi.

Si le projet de loi passe ces étapes, alors il est mis au programme du Sénat et de la Chambre des Représentants. Le projet de loi est alors débattu par ces deux institutions, et puis le vote a lieu. Pour que la loi passe il faut une majorité de votes en faveur de la loi. Si le projet de loi est voté par les deux institutions législatives, alors le Président doit signer le projet de loi qui fait alors force de loi. Le processus législatif des États-Unis peut être retrouvé ici.

Il est aussi important de noter que, suite aux dernières élections de novembre 2016, les républicains sont en majorité à la Chambre des Représentants et au Sénat. (7 et 8)

Dans ses discours, le Président Donald Trump s’est toujours déclaré pour un retour de l’indépendance et de la souveraineté des États-Unis. Trump s’est également déclaré favori pour un retrait plus ou moins important des affaires des autres pays, afin que les États-Unis puissent se concentrer sur leurs problèmes de politique intérieure. Il semblerait alors que Trump pourrait soutenir un tel projet de loi.

Il en va de même pour le Vice-Président des États-Unis, Mike Pence, qui a voté à plusieurs reprises en faveur de lois qui amènerait les États-Unis à moins d’implications au sein de l’Organisation des Nations Unies. (9)

Il est donc raisonnable de penser qu’ils soutiendront ce projet de loi tous les deux. Il est aussi possible que ce projet de loi soit utilisé pour montrer de quoi les États-Unis peuvent être capable, ce qui donnerait au Président des États-Unis plus de poids dans de potentielles négociations quant à une possible réforme des Nations Unies. Rappelons que les États-Unis ont un poids dans les Nations-Unis, avec notamment un siège permanent au Conseil de Sécurité, et surtout en étant les premiers donateurs pour le fonctionnement de l’organisation, contribuant à 22% au budget total des Nations Unies, ce qui est plus que les 175 pays donnant le moins aux Nations Unies combinés. (10 et 11)

Affaire à suivre donc, pour cela il faudra être attentif aux déclarations du Président et du Vice-Président quant à ce projet de loi. Il faudra aussi suivre la route de ce projet de loi au sein de la Commission des Affaires Étrangères ainsi que ses débats potentiels au Sénat et à la Chambre des Représentants, et enfin le vote final. Le Comité MFGA s’occupera notamment de publier des rapports sur l’avancée du projet de loi.

 

Elias Jonasson

 

Sources:

1.https://twitter.com/realDonaldTrump/status/813500123053490176
2. https://www.isidewith.com/candidate-guide/donald-trump/foreign-policy/united-nations
3.https://twitter.com/realdonaldtrump/status/812390964740427776
4. http://www.telegraph.co.uk/news/2017/01/19/donald-trump-united-nations-fight-waiting-happen/
5. https://www.congress.gov/bill/115th-congress/house-bill/193
6. https://www.congress.gov/bill/115th-congress/house-bill/193/cosponsors
7. https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_House_of_Representatives
8. https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Senate
9. http://www.ontheissues.org/Governor/Mike_Pence_Foreign_Policy.htm
10. https://factly.in/united-nations-budget-contributions-by-member-countries/
11. http://www.foxnews.com/opinion/2015/06/16/america-pay-way-too-much-for-united-nations.html

Je suis le candidat de la discrimination – par Henry de Lesquen

discri

Le discours sur les discriminations est criminogène

L’Etat s’ingénie à traquer nos pensées coupables. En la matière, Jospin, Chirac, Villepin, Sarkozy, Hollande, Valls, la gauche comme la droite, tous ont rivalisé de zèle pour faire la police de notre for intérieur. Nous ne sommes plus libres. Pour l’élection présidentielle de 2017, je me pose comme le seul candidat à défendre une liberté sacrée : la liberté de discrimination.

Pour la gauche, le délinquant n’est pas réellement responsable : il est victime de la société. S’il est, de surcroît, d’origine immigrée, il est alors doublement victime, et les violences qu’il commet doivent être considérées comme des réactions compréhensibles, et même, au fond, légitimes, aux discriminations qu’il a subies et qui l’ont empêché de réussir dans la vie ou, comme on dit, de “s’intégrer”. Mais la “société” qui se voit ainsi chargée d’une culpabilité dont on dispense les auteurs des crimes et des délits n’est pas une abstraction, elle est formée de tous les honnêtes gens comme nous, qui sommes invités à faire pénitence… Et si nous sommes, en outre, des Français de souche, si nous osons dire parfois, horresco referens, “nos ancêtres les Gaulois”, nous sommes alors doublement coupables des violences commises par ceux que l’on ne devrait pas avoir le droit de qualifier de “sauvageons” ou de “racailles”.

 

Une inversion des valeurs

Ce discours de gauche, qui est quasi hégémonique dans les media, traduit une véritable inversion des valeurs. D’abord, parce qu’il fait des coupables des innocents et des innocents des coupables. Ensuite, parce qu’il aboutit à donner plus de droits aux étrangers qu’aux nationaux, et aux Français d’origine étrangère qu’aux Français de souche. Inutile d’ajouter qu’une telle idéologie est absolument incompatible avec les principes de la République, de la res publica, qui rassemblent les Français depuis toujours, quels que soient les régimes, autour de leur État national. Contraire à l’éthique républicaine, le discours sur les discriminations a des conséquences redoutables, car il prête aux violences des banlieues une apparence de légitimité, en présentant leurs auteurs comme des victimes de la société. Il est donc objectivement criminogène. C’est ce langage démagogique qui a mis le feu aux cités de l’immigration, en 2005. Et c’est lui qui inspire la politique dite de “prévention” qui, sous le fallacieux prétexte de favoriser la “réinsertion” des “jeunes en difficulté”, consiste, en réalité, à déverser la manne de l’argent public sur des voyous et des caïds qui se trouvent encouragés à persister dans leurs conduites déviantes. Cette politique dite “de prévention” ne prévient pas l’insécurité, elle ne fait que l’alimenter.

 

Une affaire tristement exemplaire

On en a eu une nouvelle preuve, le 1er janvier 2006, dans le train Nice-Lyon, où 500 malheureux passagers ont été livrés pendant deux heures aux exactions d’une centaine de “jeunes en difficulté” qui voyageaient aux frais du contribuable, à l’initiative du Conseil régional et avec la complicité de la SNCF. Cette affaire est tristement exemplaire, puisque la police, qui était avertie, est restée quasiment inerte, qu’elle n’a interpellé que trois voyous et que ceux-ci, bien entendu, ont été immédiatement relâchés par la justice… Enfin, et ce n’est pas le moins scandaleux, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est efforcé d’étouffer l’affaire, qui n’a été connue que par hasard, et deux jours plus tard. Pour contrer ce discours démagogique, je fais appel à votre soutien, afin que le PNL continue à se développer et que nous nous fassions entendre toujours plus fortement. Chacun d’entre nous doit se sentir comptable de l’avenir de la patrie. Libéral, je suis pour le droit à la discrimination, contre l’obligation de la discrimination. Si l’on veut que la France redevienne la France, les citoyens français doivent retrouver cette liberté fondamentale.

 

Henry de Lesquen

Président du Parti national-libéral

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