La femme est-elle l’égale de l’homme ?

Les différences d’intelligence entre les hommes et les femmes

Par Jean-Noël Strauss, contributeur du PNL.

Le député européen Janusz Korwin-Mikke a récemment déclaré que les femmes étaient moins intelligentes que les hommes et que, par conséquent, elles devaient être moins rémunérées que ceux-ci. Si la formulation est maladroite, on ne peut pas reprocher à M. Korwin-Mikke de se tromper sur le fond.

Richard Lynn, professeur émérite de psychologie à l’université d’Ulster, est un spécialiste des différences d’intelligence entre les races et les sexes. Il a récemment prononcé une allocution sur l’état de la recherche et sur les positions des spécialistes des différences d’intelligence entre les hommes et les femmes. En voici la transcription (1) :

L’opinion dominante, celle de tous les experts depuis un siècle, est que les hommes et les femmes ont la même intelligence. Diane F. Halpern fait partie de ces experts qui font autorité sur la question. Elle répète depuis trente ans que « les hommes et les femmes ont des résultats similaires aux tests de QI » (Sex differences in cognitive abilities, quatrième éd.). Beaucoup d’éminents chercheurs disent la même chose ; je pense à Raymond Cattell, Hans Eysenck ou encore Nathan Brody. Ces gens-là font un travail admirable et leurs opinions semblent former un consensus.

J’ai cru qu’ils avaient raison jusqu’en 1992. Cette année-là, plusieurs chercheurs, dont Philippe Rushton, ont publié, indépendamment, des études montrant que les hommes avaient des cerveaux de 11 à 15% plus gros que celui des femmes, quand bien même cela était ramené à la proportion de la taille du corps. Il est bien connu que la taille du cerveau est corrélée positivement à l’intelligence (une allométrie élevée est le signe de grandes capacités cognitives), alors j’ai commencé à me pencher sur la question : logiquement, les hommes devraient être plus intelligents. J’ai travaillé sur ce sujet pendant plusieurs mois, et ai fini par développer la théorie du développement dans un article nommé « Sex differences in intelligence and brain size: a paradox resolved ». Celui-ci défend l’idée qu’il n’y a pas de différence entre les sexes jusqu’à l’âge de 15 ou 16 ans, mais qu’une fois adultes, les hommes ont des résultats plus élevés que les femmes aux tests de QI. J’ai essayé de quantifier cela par le biais d’un calcul dont voici les résultats : 32 études (WSIC) faites auprès d’enfants de 6 à 16 ans montrent un avantage de 2.85 points de QI pour les garçons ; 32 études (WAIS) réalisées auprès d’adultes montrent que les hommes ont un avantage médian de 3.6 points de QI. Les hommes auraient donc un QI plus élevé que les femmes de presque 4 points.

Personne ne s’est intéressé à ces données pendant plusieurs années, sauf exception. Nick Mackintosh, par exemple, a publié deux ans après moi une étude appelée Sex differences in IQ. Il y dit que mes conclusions sont insensées : en prenant les matrices de Raven, qui forment un excellent test de logique, très représentatif du facteur g (intelligence générale), on ne verrait aucune différence d’intelligence entre les sexes. Cependant, il ne fait pas de différence entre les enfants et les adultes. J’ai alors fait, en 2004, avec Paul Irwing, une méta-analyse de ces matrices de Raven. Les résultats ont montré qu’il y a des différences d’intelligence à partir de 16 ans. C’est à cet âge que les hommes prennent un avantage de 5 points de QI, ce qui est une différence importante.

Helmuth Nyborg, un chercheur danois très intéressant, est allé encore plus loin. Il a publié deux études sur la question, l’une en 2003 et l’autre en 2005. Il a produit de nouvelles données qui confirment ma position. Mais à partir de ce moment, j’ai arrêté de m’intéresser à ce sujet pour me concentrer sur les différences raciales et sur les différences nationales en intelligence. J’ai néanmoins repris la question ces derniers mois en m’intéressants aux tests de Wechsler – c’est une bonne source de données, ces tests sont respectés et utilisés partout dans le monde. Ils mesurent beaucoup de choses : habileté cognitive, habileté verbale, habileté spatiale, mémoire, connaissance générale, perception, etc. Il y a beaucoup d’études avec des échantillons représentatifs des populations. Diane Halpern en a fait des commentaires. Elle dit en 2000 que les résultats des tests de QI WAIS ne montrent pas de différences parmi les sexes. En 2012, elle dit que « l’échelle complète de l’American WAIS IV ne montre pas de différences parmi les sexes. » Haier, Jung, Yeon, Head, Alkire (2004) ont aussi écrit que « les comparaisons de l’intelligence générale, déterminée par des mesures normalisées comme celles du WAIS, montrent qu’essentiellement, il n’y a pas de différences d’intelligence entre les hommes et les femmes. » Tous ces gens sont des experts mais, comme on va le voir, cela ne signifie pas qu’il ne faille pas vérifier leurs données.

En regardant les détails de la normalisation complète de l’échantillon du WAIS, on remarque, années après années, que les hommes ont un avantage de QI avant la standardisation forcée des échantillons (figure 1). Diane Halpern dit pourtant qu’il n’y a pas de différence entre les sexes dans la normalisation américaine du WAIS IV. Comment n’a-t-elle pas pu constater les différences ? J’ai écrit à M. Pearson, et lui ai demandé de m’envoyer les résultats de la quatrième normalisation quant aux différences d’intelligence entre les deux sexes. Il me les a envoyés et je lui ai demandé s’il les avait envoyés à quelqu’un d’autre. Il m’a dit que j’étais le premier à les avoir demandés. Je suis obligé de conclure que Diane Halpern invente des informations.

Figure 1

Concernant les habilités verbale et spatiale, il est admis qu’elles composent l’intelligence générale. Colin Cooper et Stuart Richie affirment que les femmes ont une meilleure habilité verbale et les hommes une meilleure habilité spatiale, et s’équilibreraient donc mutuellement. Il s’avère en réalité qu’il n’y a pratiquement pas de différence entre les sexes concernant l’habilité verbale, et cela est montré par une méta-analyse de Janet Hyde et Marcia Linn. Si l’on liste toutes les études et si l’on évalue le tout en prenant en compte la taille des échantillons, les hommes ont des résultats supérieurs de 0.6 points de QI. Quant à l’habilité spatiale, toujours selon Marcia Linn et Jennifer Petersen, la différence est de 7.5 points de QI. Cela fait donc, en moyenne, un avantage de 4 points en faveur des hommes. Comment Colin Cooper et Stuart Richies, tous deux spécialistes de l’intelligence, ont-ils pu écrire des livres avec autant d’erreurs ?


Voyons les différences sexuelles en g, le facteur d’intelligence générale. Il est dit qu’il existe des inégalités de genres dans le monde professionnel : les hommes sont surreprésentés au sommet de la plupart des professions. Si l’on part du principe qu’hommes et femmes ont la même intelligence, comment expliquer ces inégalités ? Stephen Ceci a travaillé la question avec Wendy Williams dans Why aren’t more women in science? Dans cet ouvrage, ils ont compilé les travaux de quinze excellents chercheurs. Cependant, ils n’ont pas présenté une seule étude qui évoque les différences de QI.

Ce genre d’omission ne relève pas de la partialité mais de la malhonnêteté. Helmuth Nyborg a rappelé en 2005, dans la revue Personnality and Individual Differences, avec son article « Sex-related differences in general intelligence g, brain size, and social status », la corrélation de .30–.45 entre facteur g (2) et taille du cerveau. Cette corrélation permet d’expliquer la supériorité moyenne de g chez les hommes. Cela posé, Helmuth Nyborg propose une hypothèse très intéressante : ce g masculin, plus élevé et distribué que le g féminin, se transforme en un rapport des sexes augmentant exponentiellement à la fin de la répartition supérieure des QI (figure 2). Concrètement, pour les plus hauts QI (145), on ne trouve plus qu’une femme pour huit hommes.

Figure 2

Il est donc parfaitement normal de retrouver plus d’homme que de femmes au sommet des entreprises et des universités ; il est normal que les prix Nobel et les champions d’échecs soient principalement des hommes. Mais au lieu de considérer ces explications, les prétendus experts préfèrent parler d’un plafond de verre, invisible, mis en place par les dirigeants des grandes entreprises pour empêcher les femmes de les rejoindre. Cette hypothèse est inutile, il fallait ici passer le rasoir d’Ockham.

Comme Nassim Taleb le dit si bien, « le problème avec les experts, c’est qu’ils ne savent pas qu’ils ne savent pas. »

(1) La traduction provient de l’excellente chaîne de Paul Kersey. Elle est ici adaptée pour l’article, des passages ont été complétés et reformulés.

(2)  Arthur Jensen, en 1998, a cru montrer que le facteur g n’était pas fiable. Selon certains résultats, il donnait l’avantage aux femmes, et selon d’autres, aux hommes. Il y a forcément des problèmes de méthode pour arriver à de tels résultats. En effet, la nature de g dépend de la nature du test utilisé et dont g est extrait. Par exemple, les femmes ont une meilleure vitesse de perception, comme le montre les tests de vitesse de codage et les tests Wechsler. Cela produit un g nettement à leur avantage… en ce qui concerne la vitesse de perception. En corrigeant ces biais, Helmuth Nyborg montre que g est en moyenne supérieur chez l’homme.

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